Inaptitude au travail pour dépression : conditions, procédure, règles

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Près d'un salarié sur trois atteint le seuil de détection de la dépression en France. Face à la montée des inaptitudes pour motif psychique, le cadre juridique se durcit. Procédure, indemnisation, points de vigilance : tout ce que les professionnels RH doivent maîtriser pour sécuriser leurs pratiques en 2026.

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Consultante et rédactrice RH, dirigeante de Semantik RH, j'accompagne les entreprises dans leur marketing de contenus RH

Inaptitude au travail pour dépression : ce que tout RH doit savoir en 2026
Sommaire de l'article
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Près d’un salarié sur deux se déclare en détresse psychologique en France, selon le 15e baromètre Empreinte Humaine/Ipsos publié en novembre 2025

Parmi eux, 14 % souffrent d’une détresse qualifiée de sévère. Et l’enquête Ifop pour Moka.Care, menée début 2025 avec le questionnaire clinique WHO-5 de l’OMS, révèle un chiffre tout aussi préoccupant : 30 % des salariés français atteignent le seuil de détection de la dépression, sans que tous en aient conscience.

Dans ce contexte, la question de l’inaptitude au travail pour dépression se pose avec une acuité croissante pour les professionnels RH. 

Deuxième cause de licenciement pour motif personnel en France, l’inaptitude médicale génère un contentieux abondant et des procédures strictement encadrées par le Code du travail.

Comment se déroule concrètement la procédure ? Quels sont les droits du salarié et les obligations de l’employeur ? Quels pièges éviter pour sécuriser vos pratiques ? Décryptage complet, à jour des dernières évolutions législatives et jurisprudentielles.

Dépression et inaptitude au travail : de quoi parle-t-on exactement ?

Il faut d’emblée clarifier un point qui prête souvent à confusion : un salarié en dépression n’est pas automatiquement inapte.

L’inaptitude médicale au travail correspond à l’impossibilité, pour un salarié, d’occuper son poste en raison de son état de santé physique ou mental. 

Elle est prononcée exclusivement par le médecin du travail, en application de l’article L. 4624-4 du Code du travail.

Ni le médecin traitant, ni le psychiatre ne disposent de cette compétence, même s’ils participent au suivi thérapeutique.

Cette notion se distingue de l’arrêt maladie, qui suspend temporairement le contrat, et de l’invalidité reconnue par la CPAM, qui constate une réduction durable de la capacité de travail. 

L’inaptitude, elle, évalue l’impact fonctionnel de la pathologie sur l’exercice concret des fonctions : fatigue intense, troubles de la concentration, altération durable de l’humeur. 

C’est bien cette incapacité à tenir le poste qui fonde la décision, et non le diagnostic clinique en tant que tel.

L’autre distinction essentielle porte sur l’origine de la dépression.

Lorsqu’elle résulte des conditions de travail (burn-out, harcèlement, surcharge), on parle d’inaptitude d’origine professionnelle, régie par les articles L. 1226-10 à L. 1226-17 du Code du travail. 

Lorsqu’elle est extraprofessionnelle, ce sont les articles L. 1226-2 à L. 1226-5 qui s’appliquent. 

Cette distinction n’a rien d’anodin : elle conditionne directement le régime d’indemnisation du salarié licencié pour inaptitude, avec notamment une indemnité spéciale doublée en cas d’origine professionnelle.

Précision importante : depuis la loi Rebsamen de 2015, la dépression et le burn-out peuvent être reconnus comme maladie professionnelle par la voie dite “hors tableau”, à condition que la pathologie soit essentiellement et directement causée par le travail habituel et qu’elle entraîne un taux d’incapacité permanente partielle d’au moins 25 %.

Le dossier est alors instruit par la CPAM puis transmis au comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). 

Selon les données structurelles compilées par plusieurs observatoires, les motifs psychologiques représentaient déjà 31 % des arrêts longue durée en 2023, ce qui en fait la première cause devant les troubles musculo-squelettiques.

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Comment se déroule la procédure d’inaptitude pour dépression ?

C’est une question que se posent beaucoup de professionnels RH confrontés au retour d’un salarié après un arrêt long pour dépression.

Et la réponse tient en un principe fondamental : tout passe par le médecin du travail !

Lui seul détient la compétence pour prononcer un avis d’inaptitude. Le processus, lui, suit un enchaînement précis qu’il vaut mieux maîtriser sur le bout des doigts.

Première étape possible : la visite de pré-reprise.

Elle peut être demandée dès trois mois d’arrêt, par le salarié, son médecin traitant ou le médecin-conseil de la Sécurité sociale. Elle n’interrompt pas l’arrêt maladie, mais permet d’anticiper les conditions de retour et d’envisager, le cas échéant, des aménagements de poste. C’est un moment clé, encore trop souvent négligé, qui peut orienter la suite de la procédure d’inaptitude.

Vient ensuite la visite de reprise, celle-ci obligatoire.

Elle doit être organisée le jour de la reprise effective ou dans les huit jours suivants, dès lors que l’arrêt a dépassé 60 jours pour une maladie non professionnelle (30 jours en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle). Ne pas respecter ce délai constitue d’ailleurs l’un des premiers motifs de contestation devant les prud’hommes.

Lors de cette visite, le médecin du travail procède à un examen médical, complété si nécessaire par une étude de poste et des conditions de travail. 

Depuis la loi El Khomri de 2016, un seul examen peut suffire pour prononcer l’inaptitude. L’avis doit être formalisé, motivé, daté et notifié avec date certaine.

Nouveauté à ne pas manquer pour les RH : depuis le 1er juillet 2025, en application de l’arrêté du 3 mars 2025, de nouveaux modèles d’avis d’inaptitude sont entrés en vigueur. Ils intègrent désormais un accusé de réception signé par le salarié et une mention explicite des cas de dispense de reclassement.

Concrètement, le médecin du travail peut indiquer dans l’avis que tout maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à la santé du salarié, ou que son état de santé fait obstacle à tout reclassement. Dans ces deux hypothèses, l’employeur est dispensé de la recherche de reclassement et de la consultation du CSE.

Enfin, rappelons que l’avis d’inaptitude n’est pas irréversible.

Le salarié comme l’employeur disposent d’un délai de 15 jours pour le contester devant le conseil de prud’hommes (article R. 4624-45 du Code du travail), qui peut alors ordonner une expertise médicale.

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Licenciement pour inaptitude : quelles conséquences pour le salarié et l’employeur ?

Une fois l’avis d’inaptitude prononcé, l’employeur entre dans une phase où chaque décision compte.

Il dispose d’un mois pour proposer un reclassement adapté ou, à défaut, engager la rupture du contrat

Passé ce délai sans action, il devra reprendre le versement du salaire antérieur (article L. 1226-4 du Code du travail). Un coût que certaines entreprises découvrent trop tard.

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La recherche de reclassement constitue une obligation à part entière, et pas une simple formalité. 

Le poste proposé doit être aussi comparable que possible au précédent, au besoin par des mutations, des transformations de poste ou un aménagement du temps de travail.

Le périmètre de recherche s’étend à l’ensemble du groupe sur le territoire national. Le CSE doit impérativement être consulté. Et le salarié, de son côté, conserve le droit de refuser une proposition qui impliquerait une modification substantielle de son contrat, comme une baisse de rémunération ou un éloignement géographique important.

Lorsque le reclassement s’avère impossible, l’employeur peut alors engager la procédure de licenciement pour inaptitude.

Celle-ci obéit à un formalisme rigoureux : communication écrite des motifs d’impossibilité de reclassement, convocation à l’entretien préalable avec un délai minimum de cinq jours ouvrables, puis notification du licenciement par lettre précisant l’inaptitude, l’impossibilité de reclassement et l’origine professionnelle ou non de la pathologie.

Le préavis n’est pas exécuté, le contrat étant rompu dès la notification, mais il reste pris en compte pour le calcul de l’indemnité.

C’est précisément sur l’indemnisation que la distinction entre origine professionnelle et non professionnelle prend tout son poids. 

En cas d’inaptitude d’origine non professionnelle, le salarié perçoit l’indemnité légale de licenciement classique (un quart de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à dix ans, puis un tiers au-delà), et l’indemnité de préavis n’est pas due, sauf disposition conventionnelle plus favorable. 

En cas d’inaptitude d’origine professionnelle, l’indemnité spéciale de licenciement est doublée par rapport à l’indemnité légale, et l’indemnité compensatrice de préavis est due. Un écart financier considérable qui justifie, à lui seul, une attention particulière à la qualification de l’origine.

Sur ce point, la Cour de cassation adopte une lecture protectrice : les règles propres aux accidents du travail et maladies professionnelles s’appliquent dès lors que l’inaptitude a, même partiellement, pour origine un événement professionnel et que l’employeur en avait connaissance. 

Le juge prud’homal n’est d’ailleurs pas lié par les décisions de la CPAM. 

Et la jurisprudence récente d’automne 2025 va plus loin encore : un licenciement pour inaptitude est jugé sans cause réelle et sérieuse si l’inaptitude résulte d’un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité, même ancien, dès lors qu’un lien causal est établi.

Les points de vigilance pour sécuriser la gestion RH de l’inaptitude

Le contentieux lié à l’inaptitude pour dépression ne cesse de croître, et les erreurs de procédure coûtent cher.

Le non-respect du cadre légal peut entraîner la nullité du licenciement (article L. 1226-13 du Code du travail), avec toutes les conséquences financières et réputationnelles que cela suppose. 

Mieux vaut connaître les zones de risque pour les désamorcer en amont !

Premier point, et sans doute le plus fréquent : le défaut d’organisation de la visite de reprise dans les délais

Un oubli ou un retard sur ce seul point suffit à fragiliser l’ensemble de la procédure. 

Dans le même registre, licencier un salarié pendant un arrêt maladie sans disposer d’un avis d’inaptitude du médecin du travail reste une faute lourde que certains employeurs commettent encore, souvent par méconnaissance du cadre légal.

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La recherche de reclassement constitue un autre terrain miné.

Les juges examinent de près le caractère loyal et sérieux de cette démarche. Une recherche expédiée, cantonnée au seul établissement sans explorer les possibilités au sein du groupe, ou une proposition manifestement inadaptée seront requalifiées sans difficulté. 

L’omission de la consultation du CSE produit le même effet. Sur ce volet, la jurisprudence récente est venue préciser un point déterminant : lorsque l’avis du médecin du travail mentionne que le maintien “dans cette entreprise” serait préjudiciable à la santé du salarié, cela ne vaut pas dispense de rechercher un reclassement dans le groupe.

Seule la mention “dans un emploi” libère l’employeur de cette obligation. Le choix des termes a une portée juridique considérable, et les RH doivent y être particulièrement attentifs à la lecture de l’avis.

Autre écueil à surveiller depuis juillet 2025 : l’utilisation des anciens modèles d’avis d’inaptitude, désormais non conformes. 

Les nouveaux formulaires, issus de l’arrêté du 3 mars 2025, doivent impérativement être utilisés par les services de prévention et de santé au travail. Vérifiez que votre service de santé au travail a bien basculé.

Enfin, et c’est peut-être le levier le plus puissant à long terme, la prévention reste la meilleure protection

Inscrire les risques psychosociaux et le burn-out dans le DUERP, déployer une politique de qualité de vie au travail, maintenir un dialogue social actif sur ces sujets : autant de démarches qui permettent non seulement de réduire le nombre de situations d’inaptitude pour dépression, mais aussi de démontrer, en cas de litige, que l’employeur a respecté son obligation de sécurité. 

Car la Chambre sociale l’a rappelé à l’automne 2025 : un manquement à cette obligation, même ancien, peut priver le licenciement pour inaptitude de cause réelle et sérieuse. Le baromètre Empreinte Humaine de novembre 2025 le confirme d’ailleurs en creux : dans les 10 % d’entreprises ayant instauré un climat de sécurité psychologique élevé, le taux de détresse psychologique tombe à 5 %, et le burn-out sévère est trois fois moins fréquent.

L’inaptitude au travail pour dépression, loin d’être une fatalité !

Le cadre juridique de l’inaptitude au travail pour dépression s’est considérablement renforcé ces dernières années, et les évolutions de 2025-2026 ne font qu’accentuer cette tendance. 

Nouveaux modèles d’avis, contrôle jurisprudentiel accru de la loyauté du reclassement, reconnaissance élargie de l’origine professionnelle des pathologies psychiques : les exigences pesant sur les employeurs n’ont jamais été aussi élevées.

Pour les professionnels RH, cette complexification impose une veille juridique attentive, mais elle invite aussi à changer de perspective. 

Plutôt que de subir l’inaptitude comme une fatalité contentieuse, il est possible d’en faire un signal d’alerte utile sur la qualité de l’environnement de travail. 

La convention de rééducation professionnelle en entreprise, accessible depuis mars 2022 aux salariés déclarés inaptes ou à risque d’inaptitude, offre d’ailleurs une alternative encore trop méconnue au schéma classique du licenciement.

À l’horizon 2026, la réforme de l’indemnisation duale AT/MP portée par la LFSS viendra encore renforcer la protection des salariés, y compris en télétravail. 


Dans un contexte où 47 % des salariés se déclarent en détresse psychologique et où la santé mentale est désormais grande cause nationale, l’anticipation et la prévention ne sont plus des options !

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Laure Piana