Sanction disciplinaire : l’appliquer sans nuire à la relation de travail

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Appliquer une sanction disciplinaire peut s’avérer complexe. Découvrez les bonnes pratiques RH pour sécuriser la procédure, éviter les contentieux et préserver la relation de travail.

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Consultante RH externalisée et Formatrice RH. J'assure la gestion du personnel des entreprises et forme les RH de demain autour d'une pédagogie innovante.

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Sommaire de l'article

Dans toute entreprise, les sanctions disciplinaires sont parfois inévitables. Lorsqu’un salarié a un comportement fautif, l’employeur doit intervenir pour assurer le bon fonctionnement de l’entreprise.

Pourtant, leur mise en œuvre reste délicate pour les professionnels RH. L’enjeu est double : sécuriser juridiquement la procédure disciplinaire tout en préservant la relation de travail. 

Dans un contexte marqué par de nombreux contentieux devant le Conseil de prud’hommes, les entreprises doivent trouver un équilibre entre exigences juridiques et enjeux humains. 

Comment sécuriser une sanction disciplinaire sans rigidifier la relation de travail ?

Sanction disciplinaire : définition et cadre légal

Selon le Code du travail, constitue une sanction disciplinaire toute mesure que l’employeur prend à la suite d’un comportement considéré comme fautif, dès lors qu’elle affecte :  

  • La présence du salarié dans l’entreprise.
  • Sa fonction.
  • Sa carrière.
  • Ou sa rémunération.

Un simple rappel à l’ordre, oral ou informel, n’est pas considéré comme une sanction disciplinaire. En revanche, un avertissement, une mise à pied disciplinaire, un licenciement pour faute entrent pleinement dans ce cadre.

À titre d’exemple, un salarié qui arrive une fois en retard par mois ne justifie généralement qu’un simple rappel à l’ordre. En revanche, des retards répétés chaque semaine peuvent justifier un avertissement.

Le droit du travail impose trois conditions pour caractériser une sanction disciplinaire :

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Une faute réelle et vérifiable

La sanction doit reposer sur des faits concrets et objectivables, appuyés par des preuves (mails, témoignages, etc.).

Une sanction proportionnée à la gravité des faits 

Un salarié peut contester une sanction disproportionnée devant le Conseil de prud’hommes.

À titre d’exemple, licencier un salarié pour un retard isolé est considéré comme disproportionné (Cass. soc., 8 février 2017, n°15‑21.064).

Le respect strict de la procédure disciplinaire

Le juge peut annuler une sanction si l’employeur ne respecte pas la procédure, même lorsque la faute est avérée.

Ainsi, la Cour de cassation a annulé une sanction, car l’employeur avait engagé la procédure au-delà du délai de deux mois, malgré la réalité des faits reprochés (Cass. soc., 23 janvier 2013, n°11-22.138). 

Elle a également annulé une sanction, car l’entretien préalable n’a pas eu lieu, considérant que le vice de procédure a porté atteinte aux droits de la défense (Cass. soc., 20 juin 2018, n°16-19.641).

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Pour sécuriser une sanction, l’employeur doit respecter le délai de prescription, l’entretien préalable et la notification écrite motivée.

Respecter le délai de prescription

L’employeur dispose de deux mois à compter de la connaissance des faits fautifs pour engager une procédure disciplinaire. Au-delà de ce délai, il ne peut plus prononcer de sanction, sauf pour des faits répétés ou dissimulés.

Ce délai est interrompu en cas de poursuites pénales engagées pour les mêmes faits. Il recommence à courir à compter de la décision pénale définitive.

Convoquer le salarié à un entretien préalable

L’employeur doit envoyer une convocation écrite, par lettre recommandée ou remise en main propre contre signature. 

Cette convocation doit préciser :

  • L’objet de l’entretien.
  • La date et l’heure.
  • Le lieu de l’entretien.

La possibilité pour le salarié de se faire assister.

Mener l’entretien préalable

Lors de cet entretien, l’employeur expose les faits reprochés et recueille les explications du salarié.

Le salarié peut se faire assister par :

  • Une personne de son choix appartenant au personnel de l’entreprise (un membre du CSE).
  • Un conseiller du salarié figurant sur la liste fournie par la Direction Régionale de l’Économie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités (DREETS), en l’absence de représentants du personnel.

L’entretien ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la remise ou la présentation de la convocation (Article L1232-2 du Code du travail).

Notifier la sanction par écrit

La décision est à notifier par écrit, au minimum deux jours ouvrables après l’entretien préalable.

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La lettre doit mentionner précisément : 

  • Les faits reprochés et leur qualification. 
  • La sanction retenue. 

Une motivation imprécise ou floue de la décision peut rendre la sanction contestable devant le Conseil des prud’hommes. En pratique, un salarié peut demander un réexamen de la sanction auprès du service RH ou de la direction, avant de saisir le Conseil des prud’hommes.

Impact des sanctions disciplinaires sur la relation de travail

Si la procédure disciplinaire est un outil juridique, ses effets sont avant tout humain.

Une sanction peut être perçue comme :

  • Une remise en cause personnelle.
  • Une perte de confiance.
  • Une injustice.
  • Voire une humiliation.

Le sentiment d’iniquité constitue l’un des principaux facteurs de désengagement au travail.

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Cependant, ce n’est généralement pas la sanction en elle-même qui génère des tensions. C’est la manière dont elle est décidée, expliquée et vécue.

Un salarié peut accepter une décision défavorable lorsqu’il estime que :

  • Les règles étaient claires.
  • La procédure a été respectée.
  • Il a pu s’exprimer librement.
  • La sanction est cohérente avec les faits reprochés.

Bonnes pratiques RH pour sécuriser les sanctions disciplinaires

Pour limiter les risques d’incompréhension d’une sanction et de contentieux aux prud’hommes, plusieurs bonnes pratiques peuvent être mises en place.

Formaliser une échelle de sanction disciplinaire claire

L’entreprise gagne à définir un cadre disciplinaire clair, compris et connu des salariés. 

Le règlement intérieur, obligatoire pour appliquer une sanction disciplinaire dans les entreprises concernées (celles de 50 salariés et plus), constitue le document de référence pour encadrer les sanctions.  

Ce cadre doit préciser : 

  • Les comportements considérés comme fautifs.
  • Les niveaux de gravité.
  • Les sanctions associées. 
  • Les critères d’appréciation dans la prise de décision.
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Vérifier l’absence de discrimination

Avant de sanctionner, les professionnels RH doivent s’assurer que la sanction ne repose pas sur un motif discriminatoire (origine, sexe, âge, situation familiale, handicap, etc.).

Cette vérification est essentielle pour prévenir tout risque juridique et protéger l’équité interne.

Documenter objectivement les faits 

Chaque sanction doit s’appuyer sur des preuves concrètes (emails, rapports, témoignages).

Une appréciation subjective expose l’entreprise à un risque de contestation. 

Un historique disciplinaire clair est également important pour suivre les dossiers et sécuriser la décision.

Vérifier l’absence d’une double sanction

Les professionnels RH doivent vérifier que le salarié n’a pas déjà été sanctionné pour les mêmes faits. En effet, il n’est pas possible de sanctionner un salarié deux fois pour les mêmes faits fautifs. 

À titre d’exemple, si un salarié a reçu un avertissement pour des retards répétés, il ne peut pas recevoir un second avertissement pour ces mêmes retards. L’entreprise peut sanctionner de nouveaux retards survenus après la première sanction si les faits persistent. 

Sanctions disciplinaires : concilier exigences juridiques et confiance des salariés

Les sanctions disciplinaires jouent un rôle essentiel dans la régulation collective d’une entreprise. Elles garantissent le respect des règles, la cohérence et l’équité interne.

Toutefois, leur efficacité repose sur deux dimensions complémentaires : 

La conformité juridique

Elle repose sur : 

  • Le respect de la procédure.
  • La proportionnalité de la sanction disciplinaire à la gravité des faits.
  • La motivation claire et détaillée de la sanction. 

La qualité relationnelle

Elle repose sur : 


  • Une explication claire de la procédure disciplinaire et de la sanction.
  • Une cohérence avec les règles et la gravité des faits. 
  • Le respect du salarié tout au long de la procédure.

Conclusion : trouver l’équilibre entre rigueur et relation de travail

Sécuriser la procédure disciplinaire est indispensable, mais rigidifier la relation de travail ne l’est pas.
L’enjeu pour les entreprises consiste à trouver un équilibre entre exigence juridique et dialogue, afin de maintenir une relation saine et durable. 

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