Le télétravail peut-il être source de RPS ?

Le télétravail peut-il être source de RPS ?
Aurore Micheli

Intervenante en psychologie du travail

Comment le télétravail peut-il être source de risques psychosociaux ? Quelle est la réalité du télétravail ? Que permet t’il ? Quels sont les enjeux pour les organisations et les salariés ? Découvrez tous les enjeux du télétravail dans l’article suivant !

Autrefois réservée à certains professionnels, la pratique du télétravail s’est étendue au cours des 50 dernières années pour finir par occuper une place prépondérante dans le quotidien de nombre de salariés depuis la crise COVID-19.

Mais qu’est-ce que le télétravail ? Comment est-il encadré en France et comment est-il concrètement mis en place ?

Dans cet article nous aborderons les avantages du télétravail du côté employeur et salarié, mais également les écueils de cette « nouvelle » façon de travailler. Enfin, nous étudierons quelques pistes de réflexion autour du télétravail pour que ce format puisse se pérenniser sans être délétère pour la santé. Nous ferons le tour des risques psychosociaux que le télétravail peut engendrer et proposerons des pistes à courts et moyens termes pour y répondre.

Le télétravail, qu’est-ce que c’est ? Comment est-il encadré en France ?

En France, le télétravail est défini comme étant une organisation de travail spécifique qui désigne l’exercice de façon régulière d’un travail qui aurait pu se dérouler dans les locaux de l’entreprise grâce à l’entremise des nouvelles technologies (téléphone, internet, tablette etc.).

Mais qui peut bénéficier du télétravail ?

Tous les travailleurs qu’ils soient du public ou du privé peuvent bénéficier des temps de télétravail. Dès lors que l’activité de travail le permet, le télétravail est possible.

L’ordonnance du 22 septembre 2017 relative à la prévisibilité et à la sécurisation des relations de travail assouplit le cadre du télétravail et permet que celui-ci ne soit plus inscrit au contrat pour pouvoir être mis en place. Un simple accord, même oral, peut faire foi. Le télétravail peut s’effectuer au domicile du salarié, mais également dans un tiers lieu tel qu’un espace de co-working par exemple.

Le télétravail peut être demandé soit par le salarié soit par l’employeur et un volume horaire peut être fixé en fonction des situations, qu’elles soient pérennes ou exceptionnelles, mais c’est seulement en cas de circonstances exceptionnelles que le télétravail peut être imposé au salarié, lors de crise sanitaire par exemple.

Concernant les moyens à mettre à disposition des télétravailleurs, l’employeur à l’obligation de prendre en charge les frais engagés par le salarié dans le cadre de l’exécution de son contrat de travail, soit sur la base de dépenses réelles, soit par le versement d’une indemnité journalière. La prise en charge à hauteur de 50% des abonnements de transports ne se verra pas réduit si le télétravail est d’un ou deux jours par semaine.

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Quels sont les avantages du télétravail ?

Pour le salarié 

Le salarié en télétravail gagnera inévitablement du temps. En supprimant les trajets domicile travail (50 mn en moyenne par jour) le télétravailleur gagne, certes, du temps, mais développe également sa qualité de vie : moins de stress de devoir partir à l’heure et parfois plus de temps accordé au sommeil, car les actifs dorment en moyenne moins de 7h par nuit, à savoir la recommandation minimale.

Le télétravail permet également d’économiser de l’argent : moins de dépenses dans les transports, moins d’heures de garde pour les familles ayant des enfants en bas âge, mais aussi moins de frais associés aux repas pour les inconditionnels de l’achat du déjeuner à la dernière minute.

Cette organisation de travail permet en plus la facilitation de la gestion du quotidien, car en économisant du temps et parfois un peu d’argent, il devient plus facile d’organiser son quotidien et de planifier ses prises de rendez-vous, qu’elles soient médicales, sociales ou sportives par exemple.

De plus, le télétravail améliore la productivité : tous s’accordent à dire qu’ils bénéficient d’une meilleure concentration, étant moins fatigués par les trajets, mais aussi et surtout parce qu’ils subissent moins d’interruption de tâche.

Pour l’entreprise 

Nous venons de le dire plus haut, le télétravail accroît la productivité, les télétravailleurs travailleraient en moyenne 48 mn de plus par jour.

L’employeur, lui aussi, réalise des économies financières sur les locaux et les dépenses courantes (impression des documents, électricité, taille des locaux, chauffage etc.).

On observe de plus une diminution du taux d’absentéisme pour les absences dites courtes (moins d’un mois). En effet : en 2021, 21% des télétravailleurs n’ont pas pris les arrêts maladie prescrits. En revanche, les arrêts liés à l’épuisement du télétravail massif durant la crise sanitaire ont bondi puisque en 2021, 18% des arrêts de télétravailleurs sont dus aux risques psychosociaux contre 13% pour les autres.

Pour les pouvoir publics 

Pour les pouvoirs publics, le télétravail réduit l’empreinte carbone et améliore la fluidité des transports en commun.

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Quels sont les risques liés au télétravail ?

quels sont les risques RPS du teletravail ?

L’employeur reste assujetti à l’article L.4121-1 du Code du travail, à savoir « prendre les mesures pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ».

Il doit ainsi identifier les risques liés au télétravail, les évaluer, compléter le document unique et mettre en place un plan de prévention approprié à cette nouvelle organisation du travail. Aussi, dans le cadre de l’entretien annuel une attention particulière doit être portée à l’aménagement du poste du télétravailleur à son domicile.

Concernant les risques physiques, le télétravail présente un risque lié à l’aménagement du poste de travail : absence de clavier, écran simple, travail sur tables basses ou autre qu’un bureau ainsi que des risques liés aux postures sédentaires à savoir le maintien dans le temps d’une posture, cumulée à la réduction des temps de déplacements et d’efforts physiques.

Mais le télétravail peut impacter la santé mentale en divers points.

On constate que les horaires de travail sont rallongés : les temps autrefois alloués au trajet sont pour la plupart alloués au travail professionnel, laissant croire à l’organisation que le salarié est apte à supporter l’augmentation de la charge de travail. De plus, certains se sentent dans l’obligation d’être joignable en permanence, n’étant pas physiquement sur le site de l’entreprise et cela malgré le droit à la déconnexion.

De plus, tous les salariés ne sont pas prédisposés à l’auto gestion et à la mise au travail en dehors du cadre de l’entreprise et sont susceptibles de ressentir un certain isolement du fait d’être séparé physiquement de leurs collaborateurs ou des clients. Aussi, on observe que le sentiment d’appartenance à l’entreprise décroit avec le télétravail et peut entraîner un sentiment d’abandon.

La tentation de l’organisation d’un contrôle excessif du travail à distance peut générer un stress supplémentaire pour le salarié.

La transmission d’information et le partage de connaissances et de compétences est également impacté par une communication rendue plus difficile par la distance, qui aura pour conséquence le délitement du collectif. Le collectif comme ressource inter individuelle et intra individuelle s’efface donc peu à peu et le sentiment de manque de soutien face à différents types de problèmes peut apparaître, doublé d’un questionnement autour du sens du travail.

Ainsi, selon certaines conditions, le télétravail peut venir impacter plusieurs familles de risques psychosociaux telles que les rapports sociaux au travail dégradés, mais aussi l’intensité et le temps de travail, les conflits de valeurs ou l’insécurité de la situation de travail.

Solutions à court terme

Dans le cadre de la mise en place du télétravail, il est primordial d’encadrer par des règles claires cette activité. Au-delà de l’encadrement légal, il est important, pour que cette activité soit efficace et non délétère pour la santé, de regarder par tâche, l’ancienneté de chacun des télétravailleurs ainsi que son degré d’autonomie sur la tâche et de faire un bilan de ses compétences en matière d’utilisation des outils numériques.

Une bonne pratique qui permettra de mettre à jour les fiches de poste de chacun, pour s’en saisir comme d’une base de travail. Pourront en découler des actions de formation à court et moyen terme afin d’assurer la pérennité du dispositif. 

La notion d’évaluation du travail réalisé doit également être abordé préalablement et de concert entre les télétravailleurs et leur supérieur hiérarchique : sur quels critères la qualité de mon travail sera t’il évalué ? Cela permettra de favoriser le droit à la déconnexion. 

Organiser des temps de pause dans la journée peut également s’avérer nécessaire, certains seront dans l’obligation de les planifier pour les respecter tandis que d’autres feront naturellement des pauses en fonction de leur rythme biologique. Il est important de conserver des moments d’activités physiques qui, lors du télétravail se raréfient.

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Le télétravail impose aux managers et aux cadres de proximité d’acquérir ou de développer des compétences en lien avec la gestion des équipes à distance, mais aussi avec la façon de maintenir et recréer des interactions sociales entre les membres du collectif. 

L’aménagement de l’espace de travail au domicile est également nécessaire pour éviter de développer des troubles musculo-squelettiques. Il est important de veiller à l’équité en matière de moyens déployés, qu’ils soient organisationnels ou matériels, en télétravail aussi, la question de la justice organisationnelle est présente et l’équité en matière de charge de travail et de moyens associés sera un critère de bien être pour les télétravailleurs.

Solutions à moyen terme

À moyen terme les entreprises ne devront pas faire l’impasse d’un moment d’échange avec leurs télétravailleurs pour évaluer la proportion du télétravail par rapport au travail en présentiel, recueillir leur vécu et en tenir compte dans la façon dont ces temps-là sont répartis : présentiels, distanciel, moments d’échange avec le collectif pour se retrouver, pour travailler ou simplement retisser des liens sociaux.

La formation des managers au repérage des signes de mal être des collaborateurs peut également être envisagée dans le but de rééquilibrer l’organisation du travail. Une attention toute particulière sera portée aux nouveaux salariés de l’entreprise afin qu’ils puissent bénéficier de temps privilégiés pour prendre part au collectif existant.

Enfin, le télétravail doit être inscrit au Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels auquel un plan d’action sera associé afin de limiter les risques qu’ils soient physiques ou psychiques.

Pour conclure, bien organisé et bien suivi, le télétravail peut être une organisation efficace et pérenne, offrant de nombreuses opportunités, tant aux salariés qu’aux entreprises dès le moment ou sa mise en place est soignée et suivie.

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Aurore Micheli

Psychologue de travail de formation j'axe mes interventions principalement autour de la prévention. Prévention des risques professionnels à travers notamment le DUERP, prévention des Risques Psycho Sociaux, mais aussi prévention en sécurité routière lors de l'animation des stages de sensibilisation à la sécurité routière. Je suis également formatrice SST et réalise les examens psychotechniques lors des suspensions du permis de conduire. Ces expériences diverses me permettent aujourd'hui de partager mon expérience en tant qu'autrice pour le média Culture RH, spécialisé dans l'actualité RH.