Licenciement et accident de travail/trajet : la jurisprudence évolue

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La frontière entre accident de travail et accident de trajet reste floue pour de nombreux employeurs. La jurisprudence récente clarifie pourtant leurs effets sur l’inaptitude et le licenciement. Cet éclairage permet de mieux sécuriser les décisions RH.

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Accident de trajet : une catégorie à part et un régime moins protecteur

L’accident de trajet se produit lors du parcours habituel entre le domicile et le lieu de travail. Il survient donc en dehors de l’autorité directe de l’employeur, ce qui influe sur les droits du salarié. Ce statut particulier explique l’écart entre son régime et celui de l’accident de travail.

La Sécurité sociale traite pourtant les deux situations de manière similaire. Elle prend en charge les soins sans délai de carence et peut accorder une rente en cas de séquelles. Cette proximité crée parfois des confusions sur la portée juridique de ces accidents.

La différence apparaît au moment du licenciement. Le salarié en arrêt pour accident de travail bénéficie d’une forte protection contre la rupture du contrat. Cette protection n’existe pas pour l’accident de trajet, ce qui change entièrement l’analyse RH.

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La jurisprudence récente le confirme clairement. Le salarié victime d’un accident de trajet ne peut pas invoquer la protection de l’article L.1226-9 du Code du travail. L’employeur peut envisager un licenciement si un motif réel et sérieux le justifie.

L’affaire examinée par la Cour de cassation le 24 septembre dernier illustre cette position. Un salarié avait subi un accident reconnu comme accident de trajet et avait été ensuite déclaré travailleur handicapé.

Il avait été licencié pour inaptitude d’origine non professionnelle après une recherche de reclassement restée sans solution.

La cour d’appel avait estimé que l’inaptitude était liée à l’accident initial. Elle considérait qu’il existait une continuité médicale et psychologique entre l’événement et les troubles. Elle en tirait la conclusion d’une origine professionnelle.

La Cour de cassation a annulé cette décision dans son arrêt n°24-16.960. Elle affirme que l’inaptitude liée à un accident de trajet ne peut jamais être requalifiée en inaptitude professionnelle. Cette position maintient une frontière nette entre les deux régimes.

La conséquence est immédiate. Le salarié ne peut pas réclamer l’indemnité compensatrice de préavis due en cas d’inaptitude d’origine professionnelle. Il ne peut pas non plus prétendre à l’indemnité spéciale de licenciement doublée.

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La jurisprudence rappelle aussi le rôle de la preuve. Dans l’accident de travail, la présomption s’applique en faveur du salarié. Dans l’accident de trajet, il doit prouver l’accident, les lésions et leur lien direct.

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Ce que les RH doivent retenir pour qualifier l’inaptitude et sécuriser le licenciement

Les services RH doivent donc examiner avec précision la situation du salarié. La qualification de l’accident conditionne la suite de la procédure. Une erreur d’appréciation peut entraîner un contentieux long et coûteux.

La jurisprudence administrative apporte aussi des éléments utiles. Le Conseil d’État reconnaît l’accident de trajet dès que l’agent quitte l’espace dont il a la jouissance exclusive. Les parties communes d’un immeuble collectif entrent ainsi dans le parcours domicile-travail.

Cette interprétation élargit parfois le champ de l’accident de trajet. Elle n’en modifie toutefois pas la nature juridique dans le secteur privé. Le salarié reste en dehors de l’autorité de l’employeur pendant ce trajet.

Cette distinction explique le régime moins protecteur lors d’un arrêt pour accident de trajet. L’employeur peut engager un licenciement si l’inaptitude est confirmée et si aucun reclassement n’est possible. Le salarié, lui, ne peut pas invoquer la nullité automatique de la rupture.

L’arrêt du 24 septembre 2025 sécurise donc la ligne directrice pour les employeurs. L’accident de trajet ne peut pas produire les effets d’un accident de travail, quelle que soit la gravité des séquelles. Les RH doivent donc s’appuyer sur cette distinction pour ajuster leurs décisions.


Cette clarification invite à une vigilance accrue dans la gestion des arrêts et de l’inaptitude. Elle rappelle aussi l’importance d’un dialogue constant avec les médecins du travail. Elle permet enfin d’adopter une stratégie RH cohérente et conforme au droit positif.

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