Transparence salariale : les managers sont-ils prĂȘts ?

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La directive europĂ©enne sur la transparence salariale va bientĂŽt entrer en vigueur. Et en cas d’écarts de salaire Ă  poste Ă©gal, ce sera maintenant Ă  l'employeur de se justifier. Mais les managers sont-ils prĂȘts Ă  cela ?

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Écarts de salaire : les managers face Ă  une nouvelle responsabilitĂ©

À partir de Juin 2026, la directive europĂ©enne sur la transparence des rĂ©munĂ©rations va profondĂ©ment modifier les pratiques RH. En cas d’écart de rĂ©munĂ©ration supĂ©rieur Ă  5 % entre deux salariĂ©s Ă  poste Ă©gal, la charge de la preuve sera inversĂ©e. L’employeur devra dĂ©montrer que cet Ă©cart repose sur des critĂšres objectifs et non discriminatoires.

Le problĂšme est que les managers ne semblent pas prĂȘts. Une rĂ©cente Ă©tude de Lucca souligne que 70 % des managers ne sont pas formĂ©s pour justifier les Ă©carts de salaire. Plus inquiĂ©tant encore, 36 % n’ont pas accĂšs aux donnĂ©es de rĂ©munĂ©ration de leurs Ă©quipes.

Cette situation crĂ©e un risque juridique majeur. Les managers arbitrent souvent les primes individuelles et les bonus variables. Or, c’est prĂ©cisĂ©ment sur cette partie que les Ă©carts se creusent.

Selon l’étude, l’écart contractuel Ă  poste Ă©gal reste limitĂ© Ă  3,5 %. Mais lorsque les primes rĂ©ellement versĂ©es sont intĂ©grĂ©es, l’écart atteint 7,2 %, au-dessus du seuil lĂ©gal europĂ©en.

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Ce diffĂ©rentiel de 3,7 points est appelĂ© le “Bonus Gap”. Il traduit des dĂ©cisions parfois prises sans mĂ©thode claire ni traçabilitĂ© suffisante. Les entreprises devront dĂ©sormais expliquer chaque diffĂ©rence de rĂ©munĂ©ration. Et cela ne pourra plus reposer sur des impressions ou des Ă©valuations informelles.

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“La directive europĂ©enne agit comme un Ă©lectrochoc nĂ©cessaire : les entreprises doivent dĂ©sormais construire une infrastructure de preuve et passer d’un simple ajustement comptable et flou managĂ©rial Ă  une organisation salariale rigoureuse et pleinement documentĂ©e, oĂč chaque euro versĂ© est tracĂ©, justifiable et transparent.”

Mathieu Azar, spĂ©cialiste de l’offre rĂ©munĂ©ration chez Lucca.

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Des entreprises encore loin des exigences européennes

L’étude montre que la transparence salariale reste largement thĂ©orique dans de nombreuses organisations. Aujourd’hui, 34 % des salariĂ©s n’ont pas accĂšs Ă  leurs propres donnĂ©es de rĂ©munĂ©ration. Plus de 40 % des collaborateurs ne disposent d’aucune Ă©valuation formalisĂ©e archivĂ©e.

Dans ces conditions, il devient difficile de justifier objectivement des différences salariales. Seules 11,1 % des entreprises évaluent les compétences de maniÚre structurée. Beaucoup de décisions reposent encore sur des pratiques managériales peu documentées.

La digitalisation ne suffit pas non plus. MĂȘme parmi les entreprises Ă©quipĂ©es d’un SIRH, seules 13,5 % disposent d’un rĂ©fĂ©rentiel mĂ©tier et grade digitalisĂ©. Pourtant, ce type d’outil devient indispensable pour dĂ©montrer l’équitĂ© des rĂ©munĂ©rations.

Les Ă©carts varient Ă©galement selon les secteurs. Dans le commerce de dĂ©tail, l’écart rĂ©el atteint 12,61 %. Pourtant, seulement 51 % des salariĂ©s ont accĂšs Ă  leurs donnĂ©es salariales. À l’inverse, le secteur de la tech affiche un Ă©cart infĂ©rieur Ă  2 %. Plus de 67 % des entreprises y utilisent un suivi digitalisĂ© des objectifs.

Les entreprises devront donc rapidement structurer leurs politiques salariales. Cela implique de formaliser les critĂšres d’attribution des primes, d’archiver les Ă©valuations et de former les managers. Sans cela, chaque dĂ©cision de rĂ©munĂ©ration pourra devenir un sujet de contentieux.


La directive europĂ©enne dĂ©passe ainsi la simple question de l’égalitĂ© femmes-hommes. Elle impose une transformation profonde de la gouvernance salariale. Les RH devront dĂ©sormais garantir une rĂ©munĂ©ration lisible, traçable et objectivable Ă  chaque Ă©tape du parcours collaborateur.

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Adeline Lajoinie

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