Le plan de dĂ©veloppement des compĂ©tences (PDC) formalise la politique de formation dĂ©cidĂ©e par l’employeur. Il peut notamment rĂ©unir des actions visant l’adaptation au poste, le maintien de la capacitĂ© Ă occuper un emploi ou le dĂ©veloppement des compĂ©tences.Â
Quand toutes les demandes semblent prioritaires, la première erreur serait donc de les classer telles quelles. Il faut d’abord vĂ©rifier qu’elles rĂ©pondent bien Ă un besoin de compĂ©tences, distinguer les actions incontournables, puis dĂ©partager les autres besoins selon leur impact, leur urgence, leur alignement avec les prioritĂ©s de l’entreprise et leur faisabilitĂ©.Â
Comment distinguer une demande de formation d’un besoin rĂ©el de compĂ©tences ?Â
Une demande de formation ne traduit pas toujours un besoin de compĂ©tences. Avant de la classer comme prioritaire, les RH doivent donc revenir au problème qu’elle est censĂ©e rĂ©soudre.Â
Un manager peut, par exemple, demander une formation pour son Ă©quipe parce qu’un nouvel outil est mal utilisĂ©. Mais la difficultĂ© peut aussi venir d’un paramĂ©trage inadaptĂ©, d’une procĂ©dure peu claire, d’un manque de temps pour prendre en main l’outil ou d’une mauvaise rĂ©partition des rĂ´les. Dans ce cas, former davantage ne rĂ©sout pas nĂ©cessairement le problème.Â
L’action de formation correspond Ă un parcours pĂ©dagogique conçu pour atteindre un objectif professionnel. Avant de retenir une formation, il faut donc pouvoir prĂ©ciser ce que le salariĂ© devra savoir faire diffĂ©remment Ă l’issue de l’action.Â
Pour qualifier une demande, il faut revenir Ă quelques questions simples : quelle activitĂ© pose problème ? Quelle compĂ©tence manque ou doit Ă©voluer ? Quel niveau est attendu ? Qui est concernĂ© ? Que devra ĂŞtre capable de faire la personne après l’action ?Â
Cette Ă©tape permet aussi de distinguer le besoin de la solution. Le dĂ©veloppement des compĂ©tences peut passer par une formation, mais aussi par du tutorat, de la transmission interne ou un accompagnement en situation de travail.Â
Avant de prioriser une formation, il faut vĂ©rifier qu’un besoin de compĂ©tences est rĂ©ellement identifiĂ© et que la formation constitue bien la rĂ©ponse la plus adaptĂ©e.Â
Quelles demandes doivent ĂŞtre prioritaires dans le plan de dĂ©veloppement des compĂ©tences ?Â
Toutes les demandes ne partent pas du mĂŞme niveau de prioritĂ©. Certaines rĂ©pondent d’abord Ă une obligation ou Ă un risque que l’entreprise ne peut pas traiter comme un simple souhait de dĂ©veloppement.Â
Le Code du travail impose notamment Ă l’employeur d’assurer l’adaptation des salariĂ©s Ă leur poste et de veiller au maintien de leur capacitĂ© Ă occuper un emploi, compte tenu notamment de l’évolution des emplois, des technologies et des organisations.Â
Quelles obligations intĂ©grer au plan de dĂ©veloppement des compĂ©tences ?Â
Il faut distinguer ces obligations générales des formations obligatoires au sens strict. Selon l’article L. 6321-2 du Code du travail, une formation est obligatoire lorsqu’elle conditionne l’exercice d’une activité ou d’une fonction en application d’une disposition légale, réglementaire ou conventionnelle internationale.
C’est par exemple le cas de certaines formations nĂ©cessaires Ă l’obtention d’une habilitation Ă©lectrique ou, dans les activitĂ©s concernĂ©es, de la formation prĂ©alable au risque amiante. Elle constitue alors du temps de travail effectif et donne lieu au maintien de la rĂ©munĂ©ration.Â
Ces actions ne doivent donc pas ĂŞtre mises en concurrence avec une demande de perfectionnement comme si elles avaient la mĂŞme nature.Â
Viennent ensuite les besoins dont l’absence de traitement ferait peser un risque important : salariĂ© qui ne peut plus tenir son poste correctement, Ă©volution technologique imminente, nouveau process, transformation d’un mĂ©tier, conformitĂ©, qualitĂ© ou sĂ©curitĂ©.Â
Les prioritĂ©s stratĂ©giques de l’entreprise constituent un autre niveau : lancement d’une activitĂ©, Ă©volution d’un modèle Ă©conomique, montĂ©e en compĂ©tences sur une technologie ou prĂ©paration de mobilitĂ©s internes.Â
L’enjeu n’est pas de crĂ©er une hiĂ©rarchie universelle, mais de distinguer d’abord ce qui relève de l’obligation ou d’un risque immĂ©diat avant d’arbitrer les autres besoins.Â
A lire également :
- TOP 12 des meilleures formations en management certifiantes
- Rendre les salariés acteurs de leur parcours de formation : 5 leviers
- Maintien de salaire avec subrogation : le cas de l’arrêt de travail
Quels critères utiliser pour dĂ©partager plusieurs besoins de formation prioritaires ?Â
Lorsque plusieurs besoins restent lĂ©gitimes après ce premier filtre, les RH doivent les comparer Ă partir des mĂŞmes critères. C’est ce qui Ă©vite que la prioritĂ© dĂ©pende uniquement du manager le plus insistant, du premier besoin remontĂ© ou de la formation la plus facile Ă organiser.Â
L’impact de l’absence d’action est un premier critère : que se passe-t-il si le besoin de compĂ©tences identifiĂ© n’est pas traitĂ© cette annĂ©e ? Une baisse de performance n’a pas le mĂŞme poids qu’un risque de non-conformitĂ© ou qu’une impossibilitĂ© future de tenir le poste.Â
L’urgence doit Ă©galement ĂŞtre objectivĂ©e. Une Ă©chĂ©ance rĂ©glementaire ou la mise en production prochaine d’un nouvel outil crĂ©e une contrainte rĂ©elle ; une demande formulĂ©e comme “urgente” sans Ă©vĂ©nement prĂ©cis peut parfois ĂŞtre diffĂ©rĂ©e.Â
Il faut ensuite regarder l’alignement stratĂ©gique. Une compĂ©tence directement liĂ©e Ă un projet prioritaire de l’entreprise peut justifier un investissement plus rapide qu’un besoin utile mais sans incidence immĂ©diate sur les orientations de l’organisation.Â
La population concernĂ©e, le niveau actuel des salariĂ©s, le dĂ©lai nĂ©cessaire pour acquĂ©rir la compĂ©tence, la disponibilitĂ© des ressources internes et l’existence de solutions alternatives complètent l’analyse.Â
GTA 2026 : le guide pratique
Erreurs, ressaisies, règles complexes, manque de visibilité, non-conformité… La gestion des temps peut vite devenir un véritable casse-tête au quotidien pour les équipes RH et les managers. Découvrez sans plus attendre les 5 étapes clés pour mettre en place une solution adaptée à votre organisation, simplement et durablement. Ce guide pratique vous est proposé par notre partenaire Tempro France.
Je tĂ©lĂ©chargeUn bon arbitrage ne cherche pas la formation “la plus importante” dans l’absolu, mais celle dont le traitement est le plus justifiĂ© maintenant au regard du risque, de l’impact et de la stratĂ©gie.Â
Comment construire une grille d’arbitrage du plan de dĂ©veloppement des compĂ©tences ?Â
Une grille d’arbitrage permet surtout de rendre les demandes comparables. Elle ne doit pas transformer la dĂ©cision RH en calcul automatique, mais donner une base commune pour discuter avec les managers et la direction.Â
| Critère | Question à poser | Ce que cela permet d’évaluer |
| Besoin | Quelle compétence doit réellement évoluer ? | La solidité de la demande |
| Obligation/risque | Que se passe-t-il si l’action n’est pas menée ? | Le niveau de criticité |
| Urgence | Existe-t-il une échéance réelle ? | La nécessité d’agir maintenant |
| Alignement stratégique | Le besoin soutient-il un projet ou une priorité de l’entreprise ? | La contribution aux orientations |
| Population concernée | Combien de salariés sont concernés ? | L’ampleur du besoin |
| Niveau attendu | Quel écart existe entre le niveau actuel et le niveau cible ? | L’effort de développement nécessaire |
| Faisabilité | Temps, budget et ressources sont-ils disponibles ? | La possibilité de déployer l’action |
| Alternative | Existe-t-il une autre modalité plus adaptée ? | La pertinence de la solution formation |
Cette grille peut ensuite dĂ©boucher sur trois ou quatre dĂ©cisions simples : Ă engager en prioritĂ©, Ă planifier, Ă diffĂ©rer ou Ă traiter autrement.Â
Une grille d’arbitrage du plan de dĂ©veloppement des compĂ©tences sert avant tout Ă rendre explicites les critères de dĂ©cision et Ă distinguer urgence rĂ©elle, utilitĂ© stratĂ©gique et simple demande exprimĂ©e.Â
Comment prioriser les formations quand le budget ou le temps ne permettent pas de tout faire ?Â
Lorsque les moyens sont limitĂ©s, le budget ne doit pas devenir le seul critère. La bonne question n’est pas seulement “combien coĂ»te la formation ?”, mais “quel est le coĂ»t rĂ©el de la dĂ©cision et quelles sont les consĂ©quences d’un report ?”.Â
Le coĂ»t d’une action comprend les frais pĂ©dagogiques, mais aussi le temps mobilisĂ©, les Ă©ventuels dĂ©placements, l’organisation interne et l’absence du salariĂ©. Ă€ l’inverse, les financements mobilisables, les modalitĂ©s Ă distance, les formations internes ou la mutualisation peuvent rĂ©duire le reste Ă charge.Â
Les écarts d’accès à la formation montrent d’ailleurs que les marges de manœuvre varient fortement selon les entreprises. Selon les données 2024 de l’Enquête Formation Employeur publiées par la Dares, le Céreq et France compétences, 43,7 % des salariés du secteur privé, soit 9,1 millions de personnes, ont suivi au moins un cours ou stage de formation professionnelle continue.
La durĂ©e moyenne s’établissait Ă 31,6 heures par salariĂ© formĂ©. Mais le taux d’accès Ă©tait de 22 % dans les entreprises de moins de 50 salariĂ©s, contre 71 % dans celles de 1 000 salariĂ©s ou plus. Ces Ă©carts ne s’expliquent pas uniquement par le budget, mais ils rappellent que les capacitĂ©s de formation diffèrent fortement selon la taille des structures.Â
Quand tout ne peut pas ĂŞtre financĂ© immĂ©diatement, plusieurs leviers existent : dĂ©caler l’action, rĂ©duire son pĂ©rimètre, former d’abord une population pilote, mutualiser une session, mobiliser un formateur interne ou choisir une autre modalitĂ© pĂ©dagogique.Â
Le sujet budgĂ©taire peut aussi ĂŞtre approfondi Ă partir des diffĂ©rents facteurs Ă prendre en compte pour dĂ©finir et optimiser le budget de formation.Â
Sous contrainte, arbitrer consiste moins Ă supprimer des besoins qu’à choisir lesquels traiter maintenant, lesquels programmer plus tard et lesquels peuvent ĂŞtre satisfaits autrement.Â

Comment gĂ©rer et expliquer une demande de formation refusĂ©e ou reportĂ©e ?Â
Un refus ou un report est plus facile Ă expliquer lorsqu’il repose sur des critères connus et non sur une dĂ©cision opaque. Dans le cadre du PDC, un salariĂ© peut demander une formation, mais l’employeur reste libre d’accepter ou non cette demande.Â
Cela ne signifie pas que la rĂ©ponse doive se limiter à “le budget est insuffisant”. Le RH peut prĂ©ciser que le besoin a Ă©tĂ© reconnu mais qu’une autre prioritĂ© doit ĂŞtre traitĂ©e plus tĂ´t, que la demande sera reprogrammĂ©e ou qu’une autre solution sera proposĂ©e.Â
Cette transparence est particulièrement importante avec les managers. S’ils comprennent les critères d’arbitrage, ils peuvent mieux qualifier leurs demandes, anticiper les Ă©chĂ©ances et expliquer les dĂ©cisions Ă leurs Ă©quipes.Â
Un refus peut aussi conduire Ă retravailler le besoin. Une formation longue peut ĂŞtre remplacĂ©e par un parcours plus court ; une demande individuelle peut ĂŞtre mutualisĂ©e ; une action peut ĂŞtre programmĂ©e après un projet prioritaire.Â
Dans un plan de dĂ©veloppement des compĂ©tences, refuser ou reporter une demande ne signifie pas nĂ©cessairement Ă©carter le besoin : l’enjeu est de rendre la dĂ©cision comprĂ©hensible et de prĂ©ciser la suite donnĂ©e.Â
Comment traduire l’arbitrage dans le plan de dĂ©veloppement des compĂ©tences ?Â
L’arbitrage n’est rĂ©ellement utile que lorsqu’il se traduit dans un plan exploitable : action retenue, compĂ©tence visĂ©e, population, prioritĂ©, calendrier, modalitĂ©, coĂ»t prĂ©visionnel et suivi.Â
Pour chaque besoin, il est utile de conserver le lien entre enjeu stratĂ©gique, besoin opĂ©rationnel, compĂ©tence Ă dĂ©velopper, niveau attendu et action dĂ©cidĂ©e. Cela Ă©vite qu’un PDC se rĂ©duise progressivement Ă un catalogue de formations sans lien clair avec les besoins de l’organisation.Â
Les demandes reportĂ©es doivent elles aussi rester visibles, avec une date de rĂ©examen ou une condition de dĂ©clenchement. Un PDC n’est pas figĂ© : une Ă©volution rĂ©glementaire, un projet retardĂ©, un dĂ©part, une nouvelle technologie ou un budget disponible peuvent modifier l’ordre des prioritĂ©s en cours d’annĂ©e.Â
L’arbitrage est terminĂ© lorsque les dĂ©cisions sont traduites dans un plan lisible, suivi dans le temps et suffisamment souple pour ĂŞtre rĂ©ajustĂ© lorsque les prioritĂ©s Ă©voluent.Â
FAQ : 5 questions frĂ©quentes sur le plan de dĂ©veloppement des compĂ©tencesÂ
Le plan de dĂ©veloppement des compĂ©tences est-il obligatoire ?Â
La formalisation d’un PDC n’est pas imposĂ©e de manière identique Ă toutes les entreprises. En revanche, l’employeur reste tenu d’assurer l’adaptation des salariĂ©s Ă leur poste et de veiller au maintien de leur capacitĂ© Ă occuper un emploi (article L6321-1). Le PDC constitue l’un des principaux outils permettant d’organiser ces actions.Â
Quelles sont les formations obligatoires dans le plan de dĂ©veloppement des compĂ©tences ?Â
Au sens juridique strict, une formation est obligatoire lorsqu’elle conditionne l’exercice d’une activitĂ© ou d’une fonction en application d’un texte. Il ne faut donc pas confondre cette catĂ©gorie avec toutes les formations que l’entreprise juge prioritaires pour accompagner les compĂ©tences.Â
Un employeur peut-il refuser ou reporter une demande de formation d’un salariĂ© ?Â
Oui. Pour une demande formulĂ©e dans le cadre du PDC, l’employeur est libre de l’accepter ou non. La situation diffère pour d’autres dispositifs de formation, qui rĂ©pondent Ă leurs propres règles.Â
Comment Ă©tablir un plan de dĂ©veloppement des compĂ©tences ?Â
Il faut partir des orientations de l’entreprise, identifier les besoins de compĂ©tences, qualifier les Ă©carts, dĂ©terminer les actions adaptĂ©es, les prioriser, prĂ©voir les moyens nĂ©cessaires puis suivre leur rĂ©alisation et leur impact.Â
Existe-t-il un modèle de plan de dĂ©veloppement des compĂ©tences ?Â
Oui. Culture RH met Ă disposition un modèle Excel pour structurer les besoins, les actions, les prioritĂ©s, le calendrier et les coĂ»ts du plan de dĂ©veloppement des compĂ©tences.Â
ConclusionÂ
Quand toutes les demandes de formation semblent prioritaires, il faut d’abord les rendre comparables. Cela suppose de les Ă©valuer Ă partir de critères communs avant de dĂ©cider lesquelles traiter en prioritĂ©.Â
L’arbitrage consiste ensuite Ă repartir du besoin rĂ©el de compĂ©tences, Ă identifier ce qui relève d’une obligation ou d’un risque, puis Ă dĂ©partager les autres besoins Ă partir de critères explicites. Le budget et les contraintes d’organisation interviennent pour dĂ©terminer ce qui doit ĂŞtre engagĂ© immĂ©diatement, planifiĂ©, redimensionnĂ© ou traitĂ© autrement.Â
Un plan de développement des compétences pertinent n’est donc pas celui qui accepte le plus de demandes, mais celui qui transforme des besoins parfois concurrents en décisions cohérentes, justifiables et révisables.
A lire également :
- Logiciel de gestion du plan de formation : les 12 meilleures solutions
- Bilan de compétences : un outil efficace pour les salariés, mais qu’en est-il pour les entreprises ?
- Comment favoriser la mobilité interne ?




