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Malaises mortels : qui sont les salariés les plus touchés ? 

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60 % des accidents du travail mortels sont qualifiés de “malaises mortels”. Mais tous les salariés ne sont pas touchés de la même manière. Comment prévenir ces risques professionnels ?

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Sommaire de l'article

Les hommes de plus de 50 ans, salariés les plus touchés ?

760 décès accidentels liés au travail en 2024. C’est ce que recense la dernière étude de l’INRS. Et un chiffre retient l’attention : près de 456 cas (soit presque 6 sur 10) ne sont pas dus à une chute, une électrocution ou un accident de machine.

Ce sont des malaises. Des gens qui s’effondrent, souvent seuls, souvent en plein milieu d’une tâche ordinaire.

Les malaises mortels sont aujourd’hui la première cause de décès accidentel au travail en France. Et pourtant, ils restent largement sous le radar des politiques de prévention.

L’étude dresse un portrait assez net des victimes. Dans 88 % des cas, ce sont des hommes. L’âge médian est de 53 ans (autrement dit, la moitié des personnes décédées avaient plus de 53 ans au moment du malaise).

Ce n’est pas un hasard, et ça devrait alerter les équipes RH sur la nécessité d’un regard particulier porté sur cette tranche d’âge.

Certains métiers concentrent davantage les cas. Les conducteurs de poids lourds arrivent en tête avec 15 % des décès recensés, suivis des cadres et directeurs (8 %), puis des agents d’entretien et ouvriers qualifiés du bâtiment (3 % chacun).

Des profils très différents, ce qui montre que le risque ne se cantonne pas à un seul secteur.

Les facteurs déclenchants identifiés sont eux aussi variés : manutentions lourdes, efforts physiques intenses, travail de nuit, horaires décalés, expositions aux fortes chaleurs ou au grand froid, situations d’isolement…

“Dans 83 % des cas, l’activité du travailleur est décrite comme habituelle et 73 % des victimes étaient seules lorsque le malaise est arrivé, sans pour autant être des travailleurs isolés à proprement parler. Au vu des descriptions des accidents survenus, dans plus de 8 cas sur 10, les malaises mortels correspondent à des morts subites cardiaques, dont le mécanisme principal est l’infarctus du myocarde.”

Dr Anne Bourdieu, médecin à l’INRS et co-autrice de l’étude

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Ce que ça dit concrètement : ces gens ne faisaient rien d’extraordinaire. Ils faisaient leur travail, comme tous les jours. Et les trois quarts d’entre eux étaient seuls quand ça s’est produit, ce qui a forcément retardé l’arrivée des secours.

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L’étude ne se contente pas de dresser un constat. Elle pointe plusieurs leviers d’action, et certains sont à la portée de n’importe quelle organisation.

Le premier, c’est d’agir sur les conditions de travail elles-mêmes : réduire les manutentions excessives, adapter les postes exposés aux températures extrêmes, encadrer le travail de nuit, limiter certains facteurs de stress.

Pour les métiers sédentaires, la lutte contre l’inactivité physique est aussi un enjeu réel, souvent négligé.

Le second levier, c’est l’organisation des secours. Chaque minute compte lors d’un arrêt cardiaque, c’est une réalité médicale, pas une formule.

Former des sauveteurs secouristes du travail, s’assurer que les défibrillateurs sont accessibles et que les salariés savent s’en servir : ce sont des actions concrètes, pas coûteuses, qui peuvent faire la différence entre la vie et la mort.

Enfin, le suivi médical. La visite médicale de mi-carrière est souvent perçue comme une formalité. Elle pourrait devenir un vrai moment de prévention : bilan cardiovasculaire, électrocardiogramme si nécessaire, et surtout, sensibilisation aux signaux d’alarme à ne pas ignorer. 

Parce que l’étude le révèle aussi : plusieurs victimes avaient ressenti des signes avant-coureurs dans les heures ou les jours précédents. Des douleurs thoraciques, un essoufflement inhabituel, une fatigue qui ne passe pas. Des signaux qui ont été minimisés, ou pas entendus.


Quand un phénomène représente près de 60 % des décès accidentels au travail, il ne peut plus rester dans l’angle mort de la prévention. Pour les RH, le message de l’INRS est clair : les malaises mortels ne sont pas une fatalité. Ils sont, au moins en partie, évitables.

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Adeline Lajoinie