La semaine des 32 heures, est-ce possible ?

La semaine des 32 heures, est-ce possible ?
Audrey Gervoise

Attirer et fidéliser les talents d’aujourd’hui et de demain n’est pas une mince affaire. Les entreprises se livrent une guerre sans merci afin de se différencier de ses concurrents et devenir attractives. Dans ce contexte, certaines sont tentées par l’expérience de la semaine des 32 heures. Mais peut-on réellement ne travailler que 32 heures par semaine ? C’est ce que nous chercherons à savoir au travers de cet article !

Telle une marotte, le débat sur la semaine des 32 heures revient régulièrement sur le devant de la scène. Si pour certains il s’agit là d’un levier qui nous permettra de lutter efficacement et durablement contre le chômage, tout en préservant et en améliorant la qualité de vie au travail des salariés, pour ses détracteurs, la mise en application de la semaine des 32 heures va signer la perte de notre économie.

Mais les désaccords à propos de la semaine des 32 heures ne se limitent pas au camp des pour et des contres. Puisqu’au sein même de ses partisans, deux courants s’opposent : travailler 32 heures payées 35 et travailler 32 heures payées 32 heures.

Alors est-il possible d’imaginer, un jour, une semaine de travail à 32 heures ? Un équilibre est-il possible ? C’est ce que nous tenterons de déterminer dans notre article.

La semaine des 32 heures, travailler moins pour …

Sur le papier, la semaine des 32 heures nous offre de belles promesses, mais lorsque l’on s’y attarde on remarque très vite que les choses ne sont pas aussi simples qu’il n’y paraît. Alors existe-t-il une option miracle ou un camp doit-il nécessairement être le perdant de l’histoire ?

… Gagner moins, les salariés y sont-ils prêts ?

Sans entrer dans les détails, connaissez-vous un salarié qui ne serait pas favorable à une réduction de son temps de travail ?

Alors que de plus en plus d’actifs sont aujourd’hui à la recherche d’un nouvel équilibre entre vie privée et vie professionnelle, un passage aux 32 heures réparties ou non sur 4 journées de travail semble être LA solution que tout le monde attendait.

Mais sont-ils prêts à accepter les conditions qui iraient de pair avec cette réduction du temps de travail ?

Car dans une grande majorité des cas, qui dit baisse du temps de travail, dit également baisse de la rémunération. Alors dans un contexte inflationniste et où les augmentations des coûts de fabrication des produits essentiels du quotidien sont de plus en plus fréquentes, pesant sur le niveau de vie des Français, ces derniers seraient-ils disposés à sacrifier du pouvoir d’achat supplémentaire ?

Parmi les partisans de la semaine des 32 heures certains prônent un temps de travail diminué pour un salaire égal, mais est-ce possible ?

… Gagner autant, les employeurs peuvent-ils y faire face ?

Si l’on ne fait pas supporter le coût d’un passage aux 32 heures semaines aux salariés, cela veut dire que celui-ci devra être pris en charge par les entreprises, mais ces dernières peuvent-elles se permettre de maintenir les salaires de leurs employés sans se mettre en danger ?

Pour beaucoup la réponse est non, car dans un système où le coût du travail est déjà parmi l’un des plus élevés l’alourdir une nouvelle fois conduirait les entreprises françaises à une perte de compétitivité dont une majorité d’entre elles ne pourraient se relever.

Ainsi, au lieu d’être un levier de retour vers le plein-emploi, la semaine des 32 heures conduirait à la destruction des emplois.

Alors comment organiser, économiquement parlant, ce passage aux 32 heures ? L’État pourrait-il être la pièce manquante à cette équation ? Ne risque-t-on pas de devoir supporter, dans ce cas de figure, une hausse généralisée des charges et impôts ?

Il semblerait bien que le maître mot soit le compromis !

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La semaine des 32 heures, n’y a-t-il que des avantages ?

Outre les questions et doutes liés au coût de la semaine des 32 heures, cette forme d’organisation de travail entraîne également un tout autre débat quant à son intérêt et à son avantage réel pour les salariés comme pour les employeurs.

Car s’il est vrai que de prime abord le passage à la semaine des 32 heures est extrêmement tentant, il faut toutefois se montrer prudent dans son exécution et ne pas négliger les risques qui peuvent émerger d’une telle répartition du travail.

32 heures pour travailler mieux …

Le principal avantage de la semaine des 32 heures est bien entendu de retrouver un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle, mais pas seulement.

Les 32 heures seraient également une façon de repenser la répartition du travail et des activités. Couplée avec une organisation transversale de l’entreprise (où les salariés sont en mesure d’occuper différentes fonctions) la semaine des 32 heures permettrait de créer de nouveaux emplois et de redynamiser notre économie.

Les 32 heures seraient également un excellent moteur de la productivité des salariés. En effet, ces derniers plus épanouis dans leur travail et grâce à une amélioration de leurs conditions de travail verraient leur absentéisme diminuer et leur productivité augmenter de façon significative. Ainsi, certes, les salariés travailleraient moins, mais mieux !

En répartissant le temps de travail sur 4 jours, les 32 heures auraient également un impact positif sur l’environnement en réduisant le nombre de trajets domicile-travail.

Les 32 heures apparaissent alors comme un accord gagnant-gagnant, mais est-ce si simple ?

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… Mais attention aux répercussions !

Souvent oublié, la semaine des 32 heures ne présente pas que des avantages et certaines entreprises en ayant fait l’expérience en sont revenues à la vue des difficultés qu’elles ont pu rencontrer et des répercussions négatives qui pesaient sur le quotidien de leurs salariés.

Parmi ces répercussions négatives nous pouvons notamment citer.

Des difficultés d’organisation et l’apparition de tensions au sein des équipes

En effet, dans la majorité des cas, le passage aux 32 heures se fait par le biais de la semaine des 4 jours. Mais dans ce cas de figure, les collaborateurs ont souvent tendance à demander le même jour off, à savoir le vendredi.

L’employeur se retrouve alors confronté à un choix cornélien. Accepter un jour de fermeture supplémentaire (au risque de perdre certains de ses clients) ou prendre le risque d’insatisfaite ses salariés en leur imposant une organisation différente. Que cela soit en leur demandant de prendre un autre jour de repos dans la semaine ou en décidant d’organiser différemment la semaine des 32 heures.

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Le risque accru de burn-out

Dans la pratique, le passage aux 32 heures ne signifie pas une réduction du travail attendu.

Alors, oui les salariés travailleront dans les faits moins longtemps, mais ils devront produire la même qualité et surtout la même quantité de travail.

Ainsi, il n’est pas rare de constater une augmentation du stress au travail qui à long terme peut les conduire vers un burn-out.

Le coût de la mesure

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Dans un monde utopique, toutes les parties seraient gagnantes. Mais dans la réalité, les choses sont tout autres. Que l’on opte pour la solution travailler moins pour gagner moins ou travailler moins pour gagner autant, il y aura nécessairement une partie perdante.

Pour certains, c’est à l’État de prendre en charge le coût du passage aux 32 heures, mais dans les faits d’où provient l’argent Public ? Des impôts et charges assumés par les salariés et les entreprises françaises.

Alors même si les collaborateurs ne voient pas leur salaire diminuer après la mise en œuvre des 32 heures, le coût de la vie risque inexorablement d’augmenter.

La semaine des 32 heures, comment faire ?

Face aux différents obstacles qui jalonnent le chemin de la semaine des 32 heures, il est légitime de se demander si le jeu en vaut réellement la chandelle et s’il est possible de se prémunir des risques et des potentiels conflits liés à ce mode d’organisation du travail.

La réponse est oui ! Passer aux 32 heures est possible, mais il faut avant tout s’y préparer !

Anticiper le passage aux 32 heures

Non seulement il est indispensable de prendre le temps et d’étudier toutes les composantes et conséquences du passage aux 32 heures semaines, tant au niveau opérationnel qu’humain, mais il est également nécessaire d’inclure l’ensemble des parties à cette réflexion.

Pour ce faire, vous pouvez créer un groupe de travail au sein duquel vous intégrerez des membres du service RH, des managers opérationnels, mais également des salariés. Cette répartition tripartite permettra d’élargir le périmètre de l’étude et facilitera l’acceptation par tous des contraintes inhérentes aux 32 heures semaines.

Déterminer le bon rythme

Le groupe de travail aura notamment en charge d’étudier les différentes possibilités de mise en application du passage aux 32 heures semaines. Cela se traduira-t-il par l’instauration de la semaine des 4 jours ? Par une diminution du nombre d’heures travaillées sur la journée ? Par l’octroi de jours supplémentaires de congé ? Le passage aux 32 heures sera-t-il couplé à une organisation plus flexible des horaires ? Comment garantir la continuité de la production ? …

Au-delà des questions d’organisation, il leur faudra également émettre des préconisations sur la partie financière de ce concept. Les salaires seront-ils impactés par la mesure ? Une répartition des coûts est-elle possible ? …

Quelles que soient les solutions adoptées, ces dernières devront être prises en concertation et avec l’accord du plus grand nombre. Sans quoi, les chances de succès seront plus que minimes.

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Assurer un suivi régulier

Comme nous avons pu l’évoquer, la semaine des 32 heures peut être source de stress et de mal-être au quotidien et notamment en lien avec la surcharge de travail qu’elle engendre.

Afin d’en minimiser les risques et conséquences, la mise en place d’entretien de suivi est un outil simple et efficace.

En parallèle, de ces entretiens de suivi, n’hésitez pas à réaliser des enquêtes plus généralistes sur la semaine des 32 heures. Interrogez vos salariés sur le rythme de travail définit, sur l’aspect financier …

L’objectif de ce suivi est d’identifier rapidement les potentiels effets négatifs et si possible de les endiguer.

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Audrey Gervoise

Généraliste confirmée dans le domaine des Ressources Humaines et dans la gestion des entreprises, je mets l'ensemble de mes compétences, de mon expérience et de mes savoir-faire au service des entreprises pour les aider et les éclairer dans la gestion RH et administrative du quotidien.