Droit à la déconnexion : le paradoxe du “toujours disponible”

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Si la plupart des entreprises respectent, sur le papier, le droit à la déconnexion, les salariés ne le vivent pas aussi bien. Une grande majorité se sent obligée d’être toujours disponible. Même en vacances, même en cas de maladie. Comment les aider à décrocher vraiment ?

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Qu’est-ce que le droit à la déconnexion ? 

Le droit à la déconnexion est le droit reconnu au salarié de ne pas être joignable et de ne pas répondre aux sollicitations professionnelles en dehors de son temps de travail.

Introduit par la loi Travail du 8 août 2016 (loi n° 2016-1088) et inscrit à l’article L.2242-17 du Code du travail, il impose aux entreprises de négocier ou de définir des modalités garantissant le respect des temps de repos, des congés et de la vie personnelle.

Droit à la déconnexion : une règle souvent respectée, mais peu appliquée

Il y a ce que les entreprises affichent, et il y a ce que les salariés vivent. Sur le droit à la déconnexion, l’écart entre les deux est saisissant.

Une étude 2026 de monCVparfait, menée auprès de 1 000 professionnels européens, donne le ton dès les premières lignes : 87 % des salariés estiment que leur entreprise respecte ce droit. 

Mais dans le même temps, seuls 20 % déclarent ne rencontrer aucune difficulté à décrocher réellement. Autrement dit, la grande majorité reconnaît que le droit existe sur le papier, tout en admettant qu’ils n’arrivent pas vraiment à en profiter.

Les chiffres qui suivent confirment ce paradoxe. 88 % des salariés effectuent des tâches professionnelles en dehors de leurs horaires, au moins de temps en temps. 58 % le font plusieurs fois par semaine. 29 % tous les jours. 

La frontière entre temps de travail et temps personnel ne s’est pas effacée d’un coup, elle s’est simplement érodée, progressivement, au fil des notifications et des petites urgences qui ne pouvaient pas attendre.

Et les vacances n’y échappent pas. 63 % des salariés consultent leurs e-mails ou réalisent des tâches professionnelles pendant leurs congés. 14 % le font régulièrement. 2 % continuent même à répondre aux appels professionnels. Les congés sont pris, mais ils ne remplissent plus vraiment leur fonction.

“Être constamment disponible pour le travail ne se résume pas à un seul comportement : c’est le résultat d’une accumulation de petites décisions qui conduisent à rester connecté. […] La frontière entre vie professionnelle et vie personnelle est devenue de plus en plus floue pour de nombreux salariés.”

Jasmine Escalera, experte carrière chez Mon CV Parfait

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Pourquoi le droit à la déconnexion reste difficile à respecter ?

Ce serait trop simple de n’y voir qu’une question de volonté individuelle. L’étude pointe des freins bien réels, qui tiennent davantage à l’organisation qu’aux personnes.

Premier obstacle cité : le manque de remplaçants, pour 30 % des répondants. Difficile de fermer son ordinateur quand personne ne peut prendre le relais.

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Viennent ensuite les attentes de la direction, ressenties comme une pression implicite à rester disponible (28 %), et la charge de travail qui déborde structurellement sur le temps personnel (27 %).

Mais il y a aussi ce qu’on évoque moins : la culpabilité. 18 % des salariés se sentent mal à l’aise quand ils décrochent vraiment.

15 % peinent à fixer des limites claires entre leur vie professionnelle et leur vie privée. 17 % pointent directement les outils numériques comme des facteurs qui maintiennent ce lien constant avec le travail, même hors des heures.

Les conséquences finissent par s’installer dans la tête autant que dans les agendas. 78 % des répondants reconnaissent avoir du mal à se déconnecter mentalement pendant leur temps libre.

Les vacances approchent… mais le Code du travail, lui, ne s’arrête pas !

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Parmi eux, 41 % disent que c’est souvent le cas, voire permanent. L’ordinateur est fermé, mais le cerveau, lui, continue de tourner.

Et parfois, c’est le corps qui encaisse. 85 % des salariés ont déjà travaillé alors qu’ils étaient malades. 30 % affirment même le faire régulièrement.

Ce chiffre dit quelque chose d’important : la disponibilité permanente ne concerne plus seulement les e-mails du soir. Elle touche à la façon dont les gens perçoivent leur propre droit à s’arrêter, y compris quand leur santé l’exige.

Pour les équipes RH, le sujet dépasse la simple mise en conformité réglementaire. Tant que les causes profondes (surcharge, pression hiérarchique, culture du toujours disponible…) ne sont pas traitées, le droit à la déconnexion restera ce qu’il est aujourd’hui pour beaucoup : une règle affichée, mais rarement vécue.


4 conseils RH pour renforcer le droit à la déconnexion

Le droit à la déconnexion ne repose pas uniquement sur une charte. Il se construit au quotidien grâce à des pratiques concrètes.

  • Réduisez la charge de travail pour éviter que les salariés terminent leurs tâches le soir ou pendant leurs congés.
  • Formez les managers à montrer l’exemple en limitant les e-mails et messages en dehors des horaires de travail.
  • Définissez des règles claires sur les urgences, les horaires de contact et l’utilisation des outils numériques.
  • Valorisez les temps de repos en encourageant les salariés à prendre leurs congés sans culpabilité et à couper réellement leurs notifications.

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Adeline Lajoinie