Arrêts de travail prolongés, désengagement, ruptures professionnelles : le phénomène dépasse la sphère individuelle pour devenir un véritable enjeu de santé publique et de performance des entreprises.
En reconnaissant la légitimité d’un arrêt de travail mentionnant un burn-out, le Conseil d’État a renforcé la protection des salariés. Cette décision relance toutefois le débat de fond : le burn-out doit-il être systématiquement reconnu comme une maladie professionnelle ?
Facteurs de risque, cadre juridique actuel, conditions de reconnaissance et enjeux pour les entreprises : cet article fait le point sur un sujet, qui est au cœur des enjeux actuels des politiques RH.
Les symptômes et les facteurs de risque du burn-out
Le burn-out, appelé aussi épuisement professionnel en français, est défini par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans sa classification internationale des maladies, comme un syndrome « résultant d’un stress professionnel chronique qui n’a pas été géré avec succès. ».
Il se caractérise par trois dimensions :
- Un épuisement physique et émotionnel.
- Une distance mentale accrue à l’égard du travail : dépersonnalisation, cynisme, insensibilité au monde environnant, déshumanisation de la relation à l’autre, vision négative des autres et du travail, ….
- Un sentiment de non-accomplissement personnel au travail et de dépréciation de soi.
Comment reconnaître les symptômes d’un burn-out ?
L’épuisement professionnel se matérialise de manière différente selon les individus. En revanche, certains symptômes sont présents chez toutes les personnes souffrant d’un burn-out :
- Une sensation permanente d’être comme vidé de son énergie.
- Une fatigue persistante due à des troubles du sommeil.
- Des douleurs chroniques (migraines, problèmes de dos, …).
- Un désengagement du travail.
- Des troubles de la concentration.
- La difficulté à prendre du recul sur certaines situations.
- Un comportement asocial vis-à-vis de ses collègues.
- Une dévalorisation de soi-même et une perte de confiance.
Quels sont les facteurs de risque ?
Le burn-out fait partie des risques psychosociaux identifiés parmi les risques professionnels liés à la santé et la sécurité au travail. Les facteurs de risque d’épuisement professionnel sont notamment :
- La surcharge de travail ou la mauvaise organisation du travail.
- La dégradation des relations de travail.
- La faible cohésion d’équipe, le manque de soutien social.
- L’absence d’autonomie ou le contrôle excessif du manager.
- Un sentiment d’iniquité au travail.
- Le manque de valorisation et de reconnaissance.
- L’insécurité quant à l’avenir professionnel.
L’effet de ces facteurs de risque peut se combiner à une charge émotionnelle intense ou à de la violence externe, selon les professions.
Le burn-out, une maladie professionnelle ou non : que dit la loi ?
En mai 2024, le Conseil d’État a pris une décision majeure en confirmant que la mention « burn-out » constitue un motif légitime sur un arrêt de travail. Cette clarification protège les médecins prescripteurs contre d’éventuelles sanctions pour arrêt de complaisance.
Mais le burn-out ne fait toujours pas partie des affections listées dans les « tableaux de maladies professionnelles » qui permettent d’être indemnisées. Cette décision a quand même marqué un tournant dans la reconnaissance officielle de cette affection psychique.
A lire également :
- Multi-activité : RPS, avantages et leviers RH pour l’accompagner
- Prévention en santé mentale : méthodes et outils pour les RH
- Burnout : 3 bonnes pratiques pour le prévenir chez les RH
Quelles sont les conditions pour faire reconnaitre un burn-out en maladie professionnelle ?
Depuis la loi Rebsamen de 2015, le burn-out peut être reconnu comme maladie professionnelle hors tableau. À condition toutefois de remplir deux critères :
- Établir un lien direct et essentiel avec l’activité professionnelle.
- Justifier d’un taux d’incapacité permanente partielle d’au moins 25%. Cette évaluation est effectuée par le médecin-conseil de la CPAM.
Quelle indemnité l’employeur doit-il verser en cas de burn-out reconnu comme maladie professionnelle ?
La reconnaissance est importante pour la guérison de l’individu concerné. Elle est aussi essentielle pour des questions financières.
Lorsque la reconnaissance en maladie professionnelle est accordée, le salarié peut bénéficier d’une prise en charge à 100% de ses soins, et prétendre à des indemnités journalières versées par la CPAM, auxquelles peuvent s’ajouter les indemnités complémentaires de l’employeur.
Une indemnisation spécifique est versée par la CPAM sous forme de capital ou d’une rente, en cas d’incapacité permanente de travail. Et si la faute inexcusable de l’employeur est caractérisée, le salarié bénéficie d’une indemnisation complémentaire.
La reconnaissance du burn-out en maladie professionnelle, un enjeu majeur de la santé au travail
La reconnaissance de l’épuisement comme maladie professionnelle reste un parcours du combattant pour les salariés concernés. Le parcours administratif est long et complexe, les délais d’instruction pouvant atteindre plusieurs mois.
Ils doivent fournir un dossier complet et précis, incluant à la fois :
- Les certificats médicaux justifiant la caractérisation du burn-out.
- Toutes les preuves, documents et témoignages, que leur situation d’épuisement est directement liée au travail et à l’entreprise.
Néanmoins, en 5 ans, le nombre d’affections psychiques reconnues au titre de la maladie professionnelle a été multiplié par 7 (source Ameli.fr). Il ne faut pas y avoir une augmentation des situations individuelles des burn-out, mais plutôt une meilleure reconnaissance par la CPAM des arrêts de travail liés à la santé mentale des salariés.
Si une reconnaissance plus systématique du burn-out comme maladie professionnelle pourrait entraîner une hausse des coûts à court terme, elle pourrait aussi inciter les entreprises à prendre des dispositions préventives pour améliorer leurs conditions de travail.
En ce sens, le véritable enjeu n’est pas seulement juridique ou financier : il est stratégique et profondément humain.
A lire également :
Pilotage RH : conseils pour gagner du temps
Le reporting RH est un levier stratégique pour votre entreprise. Ce livre blanc conçu par notre partenaire les Éditions Tissot met en avant une sélection claire et ciblée d’indicateurs RH à suivre et à communiquer aux bons interlocuteurs.
Je télécharge gratuitement- TOP 12 des meilleures formations en gestion du stress
- Logiciel Gestion des Absences : les 15 meilleurs outils en 2026
- Tableau indemnité de licenciement 2026 : calcul, exemples…tout savoir !




