La soirée organisée au Théâtre de la Madeleine, à l’occasion de la Nuit de l’Innovation RH, a confirmé une impression déjà largement perceptible dans les entreprises : les ressources humaines entrent dans une phase de transformation plus structurelle qu’il n’y paraît.
Les solutions présentées cette année témoignent d’un marché désormais plus mature. L’intelligence artificielle n’est plus observée comme une promesse abstraite. Elle s’installe dans les usages quotidiens, dans la formation, dans l’accompagnement des managers, dans les parcours collaborateurs et dans la manière dont les équipes apprennent à décider.
Mais derrière cette accélération technologique, une autre question s’impose progressivement : les organisations transforment-elles réellement leur fonctionnement au même rythme que leurs outils ?
Présent parmi les membres du jury, Laurent Tylski d’observe depuis plusieurs années ce décalage récurrent entre la sophistication croissante des solutions RH et la difficulté persistante à faire évoluer les comportements collectifs.
« Les outils progressent plus vite que les organisations qui les accueillent. Le vrai sujet n’est plus technique, il est humain », résume-t-il. Pour lui, l’enjeu n’est plus uniquement d’introduire des dispositifs nouveaux. Il devient nécessaire de comprendre ce qui, dans l’entreprise, permet ou empêche leur appropriation.
Que révèlent les solutions primées cette année ?
Les projets distingués lors de cette édition 2026 dessinent assez nettement les priorités actuelles du marché.
- Kwark a été récompensé pour une solution de vidéo générative appliquée à la formation.
- Mendo poursuit un travail centré sur l’intégration de l’intelligence artificielle directement dans les environnements métiers.
- Sool a proposé une approche plus sensible, orientée vers des situations humaines encore peu prises en charge dans les dispositifs classiques.
Ces trois projets ont un point commun : ils ne se limitent plus à l’automatisation. Ils cherchent à intervenir dans des zones où les organisations rencontrent aujourd’hui des tensions très concrètes : transmission des savoirs, adaptation continue, soutien psychologique, vitesse d’apprentissage.
Autrement dit, l’innovation RH ne se situe plus seulement dans l’outil. Elle se déplace vers les conditions réelles de son usage.
Pourquoi l’écart entre innovation et adoption reste-t-il si fréquent ?
Depuis plusieurs années, les directions RH disposent d’un volume croissant de solutions performantes. Pourtant, un constat revient régulièrement dans les entreprises : la qualité technique d’un dispositif ne garantit pas son appropriation.
Ce constat est confirmé par les chiffres. Selon l’étude Pulse of Change d’Accenture, publiée en janvier 2026, les dirigeants français et européens abordent l’année avec un optimisme technologique croissant – mais l’écart se creuse avec leurs collaborateurs, moins confiants et moins préparés face à l’intelligence artificielle. Un décalage qui illustre exactement ce que confirme le terrain RH.
- Certaines équipes adoptent rapidement sans stabiliser leurs pratiques.
- D’autres retardent leur engagement, non par opposition ouverte, mais parce que les usages proposés modifient trop fortement leurs repères habituels.
- Certaines directions intermédiaires, enfin, intègrent les nouveaux outils sans toujours en comprendre les conséquences managériales.
Cette situation crée un paradoxe désormais classique : plus les systèmes deviennent accessibles, plus la dimension humaine devient complexe. Les analyses publiées récemment par Culture RH montrent d’ailleurs que la maturité technologique progresse souvent plus vite que les mécanismes internes de décision.
Pourquoi les managers se retrouvent-ils en première ligne ?
Parce qu’ils absorbent directement la densité des transformations. Ils doivent faire avancer les projets, maintenir la cohérence collective, décider vite, réduire l’incertitude pour leurs équipes – et simultanément intégrer des outils dont ils ne maîtrisent pas toujours encore les effets.
Cette superposition de contraintes modifie profondément leur rôle. Le manager ne pilote plus seulement une activité. Il devient traducteur permanent entre vision stratégique, temporalité opérationnelle et adaptation humaine.
Dans plusieurs dispositifs de transformation observés chez Acteo, cette phase intermédiaire est souvent celle où apparaissent les véritables enjeux de leadership : non pas la maîtrise technique, mais la capacité à rendre lisible ce qui change.
Le coaching de dirigeants change-t-il de fonction ?
Longtemps, le coaching a été associé à une logique d’ajustement personnel. Ce cadre évolue. Dans les entreprises confrontées à des transformations multiples, il devient un outil de régulation stratégique.
Il permet d’éclairer plusieurs dimensions simultanément :
- la capacité à arbitrer dans l’incertitude
- la manière d’installer une cohérence de leadership
- la lecture des résistances implicites
- la stabilité de la décision sous contrainte
Cette évolution explique pourquoi de plus en plus de directions générales considèrent ce travail comme un élément de performance organisationnelle. La technologie accélère. Le coaching ralentit juste assez pour rendre la transformation lisible.
Pourquoi certaines entreprises obtiennent-elles davantage de résultats avec les mêmes outils ?
Deux organisations peuvent déployer un même dispositif avec des effets très différents. La différence se situe souvent dans trois variables :
- la clarté de la gouvernance
- la capacité des managers à produire des repères
- la lecture des comportements individuels
C’est ce troisième point qui reste souvent sous-estimé. Car une transformation ne produit jamais des réactions homogènes.

Les profils individuels deviennent-ils un enjeu RH plus important ?
Oui, nettement. La diffusion de nouveaux outils met en évidence des écarts très visibles dans les manières de réagir.
- Certains collaborateurs ont besoin de cadre immédiat.
- D’autres explorent spontanément mais sans structuration durable.
- D’autres encore attendent d’avoir compris la logique globale avant d’agir.
Ces différences ne relèvent pas simplement du tempérament. Elles ont un impact direct sur la vitesse d’appropriation.
Dans cette perspective, certains référentiels tel que Profil Alpha permettent d’éclairer pourquoi un même changement produit des rythmes d’adhésion radicalement différents selon les profils présents dans une même équipe.
L’intelligence artificielle accentue-t-elle ces écarts ?
Probablement davantage que les outils précédents. Parce qu’elle touche à des dimensions sensibles : autonomie, expertise, contrôle, légitimité.
Une étude mondiale KPMG menée auprès de plus de 48 000 personnes dans 47 pays le confirme : si deux tiers des utilisateurs recourent désormais régulièrement à l’IA, moins de la moitié disent lui faire confiance. Un écart de confiance qui se rejoue, à l’identique, à l’échelle des équipes.
- Certaines équipes y voient immédiatement un gain.
- D’autres y projettent une perte de maîtrise.
- D’autres encore y lisent une redéfinition implicite de leur rôle.
Le sujet RH ne se limite donc plus à la mise à disposition d’un outil. Il devient un travail d’explication, de régulation et parfois de réassurance.
Que signifie la présence d’un coach de dirigeants dans un jury RH ?
Elle dit probablement quelque chose de l’évolution du marché. Pendant longtemps, les innovations étaient évaluées principalement sur leur robustesse fonctionnelle. Aujourd’hui, les discussions intègrent davantage leur capacité réelle à s’inscrire dans un environnement humain complexe.
La remise d’un prix à Mendo symbolise cette convergence : une solution RH performante n’est pertinente que si elle devient utilisable dans une culture donnée.
Peut-on encore mesurer la performance RH uniquement par l’adoption ?
De moins en moins. Les indicateurs évoluent. Le nombre d’utilisateurs ne suffit plus. Le taux d’ouverture non plus. Les organisations regardent désormais :
- la qualité des décisions
- la fluidité des interactions
- la réduction des tensions inutiles
- la stabilité collective face aux changements rapides
Pourquoi le discernement devient-il une compétence RH centrale ?
Parce que l’excès d’information produit souvent plus d’hésitation que de clarté. Les dirigeants disposent de davantage de données. Mais décider reste difficile.
C’est aussi pourquoi les espaces éditoriaux spécialisés comme Coaching Dirigeants Le Mag trouvent aujourd’hui une place particulière : ils permettent de remettre les transformations en perspective plutôt que de simplement commenter l’actualité des outils.
Existe-t-il plusieurs niveaux de maturité face à l’innovation ?
On peut en distinguer trois.
Premier niveau : l’équipement
L’entreprise achète, déploie, teste. Selon l’étude Trends of AI 2026 de KPMG, menée auprès de 356 décideurs français, 60% des grandes entreprises disposent désormais d’un dispositif de pilotage transverse de l’IA. Un signe que ce premier niveau est aujourd’hui largement dépassé pour les grands groupes – sans garantir pour autant la transformation réelle des pratiques.
Deuxième niveau : l’usage
Les équipes commencent à intégrer. Les habitudes se modifient. Les premiers ajustements apparaissent.
Troisième niveau : la transformation
Les comportements changent durablement. Les arbitrages deviennent plus fluides. Les décisions s’alignent plus vite.
Que retenir finalement de cette édition 2026 ?
Qu’un changement de lecture semble désormais installé. Les innovations RH ne sont plus observées comme des solutions isolées. Elles sont regardées comme des éléments d’un système plus large où se rencontrent technologie, comportements et leadership.
La question n’est donc plus seulement : quel outil choisir ?
Elle devient : dans quelle organisation cet outil va-t-il réellement vivre ?
Et c’est probablement là que se situe aujourd’hui la vraie maturité RH : non dans la vitesse d’adoption, mais dans la capacité à construire de la cohérence durable.
A propos de l’auteur

Laurent Tylski
Directeur général et co-fondateur d’Acteo Consulting, cabinet de coaching de dirigeants et de conduite du changement basé à Paris. Certifié PCC par l’ICF (International Coaching Federation), il accompagne depuis plus de 20 ans des dirigeants et comités de direction dans leurs transformations stratégiques et managériales.
Contributeur au développement de Profil Alpha, outil d’évaluation comportementale utilisé pour éclairer les dynamiques d’équipe, il est également fondateur de l’Association Française des Conférenciers Professionnels et publie Coaching Dirigeants Le Mag.
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A propos d’Acteo

Acteo Consulting est un cabinet de coaching de dirigeants et de conduite du changement, basé à Paris et réputé. Certifié Qualiopi, le cabinet a accompagné plus de 1000 dirigeants dans des secteurs variés – grands groupes du CAC 40, institutions publiques, organisations internationales – avec un réseau d’une trentaine de coachs et formateurs partenaires.