Le CV, pilier du recrutement depuis des décennies, montre aujourd’hui ses limites. Entre profils atypiques, reconversions, soft skills difficiles à mesurer et biais inconscients, il ne reflète plus toujours le véritable potentiel des candidats.
Résultat : des talents passent à côté d’opportunités, et des recruteurs se privent parfois de profils qui auraient pu faire la différence.
Face à ce constat, les entreprises innovent. Portés par les nouvelles technologies, les enjeux d’inclusion et la quête de sens au travail, de plus en plus de recruteurs choisissent de recruter autrement.
Tests de compétences, mises en situation, recrutements à l’aveugle, vidéos de présentation ou cooptation repensée… autant de pratiques qui viennent compléter, voire remplacer, le CV traditionnel.
Ces méthodes alternatives ont toutes un point commun : elles replacent l’humain et les compétences réelles au centre du processus. Elles permettent de recruter de manière plus juste, plus efficace et plus en phase avec les attentes des candidats comme des entreprises.
Dans cet article, découvrons ensemble les principales méthodes concrètes pour recruter autrement, et comment les intégrer à vos pratiques RH pour moderniser vos recrutements sans perdre de vue l’essentiel : la rencontre entre un talent et un projet.
Le recrutement basé sur les compétences : évaluer le savoir-faire plutôt que le parcours
De plus en plus d’entreprises adoptent une approche dite “skill-based hiring”, qui consiste à se concentrer sur les compétences démontrées plutôt que sur les diplômes ou l’expérience passée.
Une approche plus objective et un levier d’ouverture
Cette méthode repose sur des tests pratiques, des mises en situation ou des études de cas qui permettent d’observer directement la manière dont un candidat aborde une tâche. On ne se demande plus “où avez-vous appris ?”, mais “savez-vous le faire ?”.
Le recrutement par compétences favorise aussi l’accès à des profils différents : autodidactes, reconvertis, jeunes diplômés ou candidats issus de secteurs éloignés. Il ouvre la porte à une diversité de talents souvent écartés par le filtre du CV classique.
Adopter cette approche, c’est aussi moderniser l’évaluation RH. Elle donne du sens aux échanges, en valorisant la logique, la créativité et la capacité d’adaptation.
De nombreuses entreprises constatent qu’elle réduit le turnover, car les collaborateurs recrutés sur leurs compétences réelles se sentent plus légitimes et plus engagés dès leur prise de poste.
Comment l’intégrer concrètement à vos recrutements
Commencez par identifier les compétences clés du poste et définissez des critères mesurables (savoir-faire, savoir-être, comportements observables).
Utilisez des tests courts et contextualisés : un mini-exercice de mise en situation est souvent plus parlant qu’un entretien de 45 minutes. Impliquer les managers dans la définition de ces compétences permet également de s’assurer que les critères correspondent bien aux attentes opérationnelles.
Les tests de personnalité et psychométriques : un bon exemple
Bien utilisés, ces tests aident à objectiver des traits comportementaux utiles au poste : style de communication, gestion du stress, appétence pour le travail d’équipe…Ils ne doivent jamais décider seuls d’un recrutement, mais éclairer la décision.
Privilégiez des outils validés scientifiquement, expliquez leur usage au candidat et proposez un retour personnalisé. Et surtout, veillez au respect du RGPD : base légale claire, durée de conservation limitée, accès restreint aux résultats.
Les mises en situation et simulations professionnelles : plonger les candidats dans l’action
Les recrutements par simulation se développent dans de nombreux secteurs, notamment ceux confrontés à des métiers en tension.
Kit pratique RH : formation des managers aux RPS
En 2025, près d’un collaborateur sur deux déclare une détresse psychologique, entraînant une hausse de l’absentéisme. Les managers, en première ligne, manquent de formation et de ressources. Pour y remédier, notre partenaire Lucca propose un kit pratique dédié à la prévention des RPS. Il comprend 5 modules de formation, des mises en situation, 3 ressources actionnables ainsi qu’une vidéo d’Adrien Chignard présentant la méthode des 3i pour détecter les collaborateurs en souffrance. Ce kit pratique a été réalisé par notre partenaire Lucca.
Je télécharge le kitReproduire le réel pour mieux évaluer
Concrètement, il s’agit de placer les candidats dans une situation proche de celle qu’ils rencontreront sur le terrain : un appel client, une présentation, la gestion d’un imprévu… L’objectif n’est pas de tester la perfection, mais d’observer la posture, la logique d’action et la capacité d’adaptation.
Cette approche permet de repérer des qualités rarement visibles sur un CV : calme, empathie, sens de la priorisation, créativité. Elle offre une évaluation plus fine et plus juste, particulièrement pour des métiers où le relationnel prime.
Les clés d’une simulation réussie
Pour réussir une simulation, fixez un cadre clair, limitez la durée et débriefez systématiquement avec le candidat. Cet échange fait partie intégrante de l’expérience : il permet d’installer un dialogue constructif et de valoriser la transparence.
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Le recrutement “à l’aveugle” : faire abstraction du CV
Le blind recruitment vise à éliminer les biais inconscients liés au genre, à l’âge, à l’origine ou au parcours.
Un processus centré sur les faits, pas les apparences
Les candidatures sont anonymisées : nom, photo, âge, adresse ou école sont masqués. Le recruteur se concentre uniquement sur les éléments factuels : compétences, réalisations, motivations.
Certaines entreprises vont plus loin en introduisant des formulaires standardisés ou des tests préalables pour garantir une comparaison équitable entre les profils.
Les avantages et les points de vigilance
Cette méthode favorise une sélection plus équitable et renforce la diversité. Elle renvoie aussi une image d’entreprise inclusive et engagée.
Attention toutefois : les biais peuvent ressurgir plus tard dans le processus. Prévoyez un moment formel de levée d’anonymat, après présélection, et rappelez les critères objectifs aux évaluateurs.
En pratique, cette approche fonctionne particulièrement bien lorsqu’elle s’inscrit dans une politique d’inclusion globale : formation des recruteurs, communication interne transparente et suivi dans le temps.
Les serious games et tests gamifiés : une expérience immersive
Recruter par le jeu n’est plus une utopie. Les serious games permettent de tester des comportements et des réflexes en contexte.
Un jeu au service du recrutement, pas l’inverse
Le candidat interagit avec un environnement virtuel où il doit résoudre des situations : gérer une équipe, satisfaire un client, prendre une décision éthique… Le jeu mesure alors des compétences comportementales clés : collaboration, leadership, gestion du stress.
Les bénéfices sont nombreux : expérience candidat engageante, évaluation plus naturelle, image d’entreprise innovante. Certaines organisations les utilisent même pour identifier le potentiel de futurs managers parmi des jeunes diplômés, à travers des scénarios proches de la réalité du poste.
Quelques conseils pour une utilisation pertinente
Un serious game doit rester cohérent avec le poste visé. L’objectif n’est pas de divertir, mais de créer une évaluation pertinente et agréable. L’accompagnement humain reste essentiel : un feedback clair et personnalisé valorise l’expérience candidat et crédibilise la démarche.
Le recrutement collaboratif : impliquer les équipes dans le choix des talents
Le recrutement n’est plus uniquement l’affaire des RH. De plus en plus d’entreprises adoptent une approche collaborative, où les équipes participent activement à la sélection des candidats.
Des bénéfices humains et organisationnels
Associer les futurs collègues à la démarche permet de diversifier les points de vue et de sécuriser la décision. Les collaborateurs repèrent souvent des signaux qu’un recruteur seul ne verrait pas : compatibilité culturelle, posture, communication.
Côté candidat, cette approche inspire confiance et donne une image d’entreprise ouverte et participative. Au-delà de la sélection, cette méthode renforce la cohésion interne : les collaborateurs impliqués se sentent valorisés, et les nouveaux arrivants sont mieux intégrés grâce à une dynamique collective.
Comment impliquer concrètement vos collaborateurs ?
Intégrez un ou deux collaborateurs dans les entretiens, formez-les à la posture d’évaluateur et organisez un débrief commun avec l’équipe RH. Certaines entreprises instaurent même des comités de recrutement réunissant RH, managers et membres d’équipe pour une décision collégiale.
Vous pouvez également formaliser une grille d’entretien commune, avec les mêmes questions pour tous les candidats et des critères de notation clairs. Cela améliorera la fiabilité du recrutement collaboratif. Cette méthode limite les biais et facilite la comparaison des profils.

Les candidatures vidéo et portfolios interactifs
Avec la digitalisation, les candidatures vidéo et les portfolios interactifs se démocratisent. Loin de remplacer totalement le CV, ils apportent une dimension plus authentique et vivante à la candidature.
Donner vie à la candidature
La vidéo permet de révéler la personnalité et l’énergie d’un candidat. Le portfolio illustre concrètement ses réalisations : projets, campagnes, créations…
Ces formats sont particulièrement efficaces pour les métiers créatifs, commerciaux ou orientés relation client, où le savoir-être compte autant que le savoir-faire. Ils s’avèrent aussi précieux dans les environnements hybrides ou internationaux.
Quoi faire et éviter pour rester équitable
Veillez à ne pas créer de discrimination indirecte : tout le monde n’est pas à l’aise avec la vidéo. Proposez cette option sans l’imposer, comme un levier de valorisation supplémentaire. Encouragez la spontanéité : une vidéo sincère et claire vaut mieux qu’un montage parfait.
La cooptation repensée et les communautés de talents
La cooptation n’a rien de nouveau, mais elle se modernise. En 2026, elle s’inscrit dans une logique de communauté de talents, où les collaborateurs deviennent de véritables ambassadeurs.
S’appuyer sur la confiance avant tout
Les salariés connaissent la culture de l’entreprise et repèrent ceux qui pourraient s’y épanouir. Leur recommandation est souvent plus pertinente qu’un sourcing externe.
Une cooptation bien structurée permet de réduire les délais de recrutement, d’améliorer la qualité des profils et de renforcer l’engagement des collaborateurs impliqués.
Les programmes les plus efficaces s’appuient sur la reconnaissance plutôt que sur la seule récompense financière : un remerciement public ou un retour personnalisé suffisent souvent à motiver.
Ouvrir la cooptation à plus de diversité
Pour éviter l’effet “entre-soi”, diversifiez les réseaux mobilisés et communiquez largement sur les opportunités internes. Certaines entreprises entretiennent une communauté externe : anciens candidats, stagiaires, freelances ou alumni restent connectés via newsletters et événements dédiés.
Ce lien entretenu dans la durée crée un vivier qualifié et fidèle, déjà imprégné de la culture d’entreprise.
Recruter autrement, une évolution plus qu’une tendance
Ces méthodes alternatives ne visent pas à remplacer complètement le CV, mais à le remettre à sa juste place : un point de départ, pas une fin en soi. En combinant plusieurs approches (compétences, simulation, collaboration), les recruteurs obtiennent une vision plus complète et plus juste des candidats.
Recruter autrement, c’est aussi redonner du sens au métier de recruteur : observer, comprendre et révéler le potentiel humain derrière les parcours.
Demain, le succès d’un recrutement ne se mesurera plus seulement à la rapidité du processus, mais à la qualité du lien créé entre l’entreprise et ses nouveaux collaborateurs.
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